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Olli Mäki

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La conquête contrariée d´un titre mondial : une chronique tendre et nostalgique.

Été 1962, le boxeur finlandais Olli Mäki s’apprête à conquérir le titre de champion du monde des poids plumes. Espoir de tout un peuple, l’homme doit non seulement gérer la pression médiatique qui l’entoure mais aussi réussir à se concentrer uniquement sur son objectif de victoire alors qu’il vient de tomber amoureux. Comme son titre original le laisse entendre, The Happiest Day in the Life of Olli Mäki se veut avant tout nostalgique. Moments d’insouciance pour son héros, un simple boxeur amateur, boulanger de profession, qui écrit ici l’une des plus belles pages de son existence. Cette fable est pour Juho Kuosmanen l’occasion de porter un regard attendri sur la Finlande du début des années soixante, une période où le bonheur semblait faire office de paradigme. La mise en scène accorde une place considérable aux scènes de groupe, mariage, sorties entre amis, séances photos, de nombreux moments où les arrière-plans prennent tout leur sens. L’harmonie entre les générations, l’amitié, l’amour, au détour d’un sourire ou d’une larme : à l’instar des grands photographes humanistes, la caméra réussit à capter les douces traces de ces instants éphémères.

L’œuvre du réalisateur finlandais se veut fidèle à la réalité. Son récit, basé sur une histoire vraie, a été enrichi par les souvenirs qu’Olli Mäki a livrés à Kuosmanen lors de leur premier entretien, en 2011. Dernier et touchant témoignage d’un homme qui est aujourd’hui touché par la maladie d’Alzheimer. Afin de reconstituer l’atmosphère de l’époque, une attention toute particulière a été portée à la photographie. Plutôt que d’opter pour un noir et blanc de type « papier glacé » très contrasté et glamour, le réalisateur a choisi une pellicule inversible 16 mm, la Kodak Tri-X, utilisée pour les actualités filmées dans les années soixante. Les subtiles nuances de gris ainsi que la beauté du grain donnent toute sa dimension nostalgique au récit. Le résultat est non seulement superbe, mais rappelle notamment les classiques pugilistiques signés Robert Wise : Nous avons gagné ce soir (The Set-Up, 1949) et Marqué par la haine (Somebody Up There Likes Me, 1956).

 

 

Genre s’il en est, le film de boxe puise son intérêt dans la dimension métaphorique de son récit. Deux univers sont ici opposés, d’un côté la liberté, la légèreté du monde amateur, de l’autre, les contraintes et l’argent du professionnalisme. Intelligemment, la mise en scène de Kuosmanen évite les clichés qu’un tel sujet pourrait nous faire craindre. Maintes fois sollicité, le champion amateur apparaît certes emprunté, mais lorsque l’humour s’invite, ce n’est jamais sur le ton de la dérision. Quant à son prestigieux adversaire américain, Davey Moore, c’est sans aucune arrogance qu’il vient défendre son titre. Le passage à l’âge adulte occupe une place centrale dans le récit. Olli va devoir se libérer de son cadre étouffant. Tantôt noyé au milieu de son entourage familial ou sportif, tantôt confiné dans une petite chambre d’enfant avec sa fiancée, la composition et le cadrage vont s’attacher à limiter l’espace vital du héros. Son salut va venir d’un acte de mise en scène : pour un passage de son reportage, le réalisateur qui suit la préparation d’Olli va l’exhorter à se faire violence, lui demandant d’avancer et de s’imposer face à la caméra.

Rythmée et intense, la boxe est un gage de spectacle assuré. Ce n’est pas l’optique choisie par le réalisateur qui ne cherche ni à révolutionner le genre, ni à surenchérir. Les inévitables scènes d’entraînement préfèrent mettre en avant la simplicité et le partage plutôt que l’abnégation et les progrès du champion. Si les répercussions physiques ne sont pas ignorées, le regard n’est jamais complaisant. Le combat final, quant à lui, n’occupe qu’une courte partie du récit. La caméra prend ses distances avec l’arène. Seuls quelques plans se situent au niveau du ring, la violence des poings étant alors souvent masquée par les dos des protagonistes. Les gros plans sur les visages tuméfiés ne sont pas de mise, le réalisateur préfère porter son regard ailleurs ; sur les réactions bon enfant du public, sur l’étrange et doux sentiment de bonheur que nous confie Olli après son trop bref combat.

Titre original : Hymyilevä Mies

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Durée : 93 mn


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