My Father My Lord

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Un film paradoxal et inconstant qui tient un discours critique sur l’endoctrinement religieux sans pour autant s’en émanciper. Seules quelques images brèves restituent l’intention initiale du réalisateur.

My Father my Lord est un film en réponse au Décalogue 1 de Kieslowski où le sacrifice d’Isaac y est central. Tous deux abordent la relation père-fils et l’endoctrinement de la religion avec une nuance de traitement qui accompagne la réussite de l’un et la faiblesse de l’autre. Le cinéaste polonais prend du recul et reste dans le doute et le questionnement. A l’inverse, David Volach affirme sans convaincre l’influence néfaste de la religion et de l’autorité divine.

Dans son premier long-métrage, David Volach suit la vie d’Abraham rabbin dévoué au culte juif, à l’étude de la Torah et de la loi juive. Vivant à Jérusalem, il est marié et père de Menahem, jeune garçon à qui il tente d’inculquer la discipline judaïque. Mais le décès de ce dernier viendra noircir le désarroi maternelle tandis que la foi du père restera infaillible, quitte à amoindrir la mort de son fils. 

Ce texte biblique, schéma préconçu et maintes fois utilisé, renferme un grand nombre d’interprétations possibles. Dans la cas de David Volach, la mise en perspective de celui-ci s’élabore dans le contexte religieux. A la différence du cinéaste polonais qui implantait la référence dans un quotidien simple et banalisé, David Volach ne quitte pas la sphère biblique, pénalisant la réflexion, l’herméneutique et la remise en cause d’un possible endoctrinement. Les discours soporifiques du rabbin, les séances de prières des fidèles à la synagogue peinent à émanciper le propos d’un carcan dont il veut aussi être le dénonciateur. Le film se basant sur cette idée devient alors paradoxal et confus. Quel est l’avantage de traiter de l’endoctrinement religieux en emprisonnant le protagoniste dans cette sphère ? D’emblée, l’emploi d’un enfant trouble l’approche dénonciatrice du film et sonne faux. Comment un enfant peut-il prendre conscience de l’influence d’une religion, de son immoralité et du danger de l’obédience à ses lois ?

Le personnage principal, point central de la trame narrative et reflet du cinéaste, amplifie l’inconstance de la critique. Les scènes qui affirment l’évidence d’une volonté d’échapper à l’endoctrinement se résument, par exemple, à un enfant curieux d’ombres chinoises. Des scènes insignifiantes n’étant en aucun cas des preuves mais des instantanés de sensibilité. Le seul avantage de cette image revient à aborder par une délicate métaphore le cinema devenu la nouvelle religion de David Volach. Il parait peu probable qu’un enfant d’une dizaine d’année prenne consicence de l’influence nocive de l’autorité, du sens et de la religion. Ses activités détournées du culte ne prouvent pas le désintérêt d’un enfant mais bien l’innocence nécessaire d’un âge dédié à l’éveil et à la découverte.

Le réalisateur exprime son opinion avec peu d’arguments et le résultat apparaît comme une rébellion hâtive, sans grand fondement. Son film est aussi bancal par le mélange d’une confession personnelle et d’une approche objective du culte hébraïque. Alors que le Décalogue était parvenu à l’universel et l’intemporel, My Father My Lord s’enferme dans un schéma facile, une dénonciation plate et sans relief régie par un pathos faisant office d’argument.
Le plus étrange intervient lors d’images brèves et indépendantes, qui expriment efficacement le poids de la religion, contrairement à l’histoire décrite. Le réalisateur restitue ce monde qui met à part et écarte de la réalité par l’absence de voix et de sons d’ambiance. Il n’y a guère qu’une puissante présence de sons organiques et purs, issus de la nature, justifications de l’aveuglement et d’une mise à l’écart de toute voix humaine, qu’elle soit faite de rire, de joie ou de vie.

Le film est aussi parsemé de symboles visuels, comme celui d’un passage pour piétons en forme de croix, sur lequel marchent sans s’y soucier des croyants. Une concision formelle résumant le sentiment principal de l’auteur. La volonté du réalisateur, affirmée dès cette séquence, manquera tout au long du film, et ne parvient ainsi pas à parfaire pleinement sa dénonciation. C’est ce qui crée un écart flagrant entre une mise en scène maîtrisée et un fond hautement important, bien que passé sous silence et sans prise de recul.

My Father My Lord navigue ainsi entre autobiographie non revendiquée, documentaire avide d’une critique sévère de la religion mais non-existante, et fiction consacrée à la vie chaleureuse d’une famille. David Volach ne parvient pas à clarifier sa critique ni à émettre de piste de réflexion.

Titre original : Hofshat Kaits

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Durée : 76 mn


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