Megamind

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Pour leur dernière cuvée, les studios Dreamworks Animation livrent dans l´ensemble un bon cru, qui surfe habilement sur la vague des films de super-héros. Un spectacle qui, selon la formule consacrée, plaira aux petits comme aux grands… Enfin surtout aux petits !

Après le succès critique de Dragons (dû en grande partie à sa réussite visuelle) mais aussi le semi-échec de Shrek 4 cet été, Dreamworks tente de revenir sur le devant de la scène avec ce Megamind, ou les aventures et déboires d’un extraterrestre bleu super-vilain, pas si méchant que ça au final. Il faut bien avouer que le studio, créé en 1994 par Steven Spielberg, peine à trouver un digne successeur à son célèbre ogre vert, sa poule aux œufs d’or depuis le triomphe des deux premiers volets de la saga. Pour ce faire, Megamind offre un divertissement efficace qui, s’il ne produit rien de révolutionnaire en matière d’animation ou de scénario, sait jouer sur les recettes habituelles de Dreamworks. À savoir un travail sur la caricature, une bonne dose de parodie, de références astucieuses au cinéma américain et de clins d’œil à l’actualité, ainsi que des personnages loufoques et gentiment décalés. Avec en guise de chef d’orchestre, Tom McGrath, déjà à l’œuvre sur Madagascar 1 et 2.

 

Pour résumer simplement le film, c’est l’histoire d’un méchant qui devient gentil qui voudrait redevenir méchant, d’un gentil qui devient très très méchant et d’un autre gentil dont on ne sait pas ce qu’il est devenu… Ça manque de clarté ? Megamind ferait-il soudain dans la pensée nietzschéenne ? Qu’on se rassure, le scénario n’est pas né de l’imaginaire halluciné de David Lynch, loin s’en faut, et l’ensemble reste accessible pour le commun des mortels. Cependant, même si le film vise évidemment un très jeune public, il s’amuse à déconstruire les archétypes manichéens empruntés aux comics et chers au genre de l’animation en bousculant les codes du super-héros (on pense inévitablement à Incassable de M. Night Shyamalan). Il a ceci de particulier qu’il se place du point de vue du supposé méchant et en fait le héros de sa propre histoire. Le méchant en question, c’est donc Megamind, maladroit et frustré, constamment ridiculisé par Metro Man (avec la voix de Franck Dubosc dans un rôle sur mesure pour lui), ersatz de Superman tête à claques à qui tout réussit. Jusqu’au jour où il croit enfin tenir sa revanche en éliminant définitivement son éternel rival. Mais très vite, il s’ennuie à mourir et ce dont il avait toujours rêvé, régner sur la ville de Metro City, perd cruellement de son intérêt. Il décide alors de recréer un super-héros en la personne de Titan, un nouveau némésis qu’il pourrait combattre pour égayer ses journées.

Que se serait-il passé si Tom avait finalement attrapé Jerry, si le Coyote avait une fois pour toutes chopé Bip-Bip ? Le réalisateur exauce notre vœu le plus cher en rendant aux méchants la place qu’ils méritent. Momentanément bien sûr, il en va de l’équilibre entre le bien et le mal, et la morale reprend ses droits, happy-end oblige. En dépit de ce manque d’originalité et d’irrévérence dans sa construction finale, la nouvelle production Dreamworks a au moins le mérite de ne pas se prendre trop au sérieux. On appréciera la référence au slogan de Barack Obama, détourné en « No You Can’t » sur les affiches placardées dans Metro City, la transformation de Megamind en un Marlon Brando un peu spécial, le style tout en rondeur des personnages et un univers visuel proche de celui de Hellboy. La 3D, même si elle n’est toujours pas transcendante (souhaitons que ça s’améliore, Dreamworks ayant choisi d’abandonner la 2D), est plutôt réussie et nous gratifie de quelques mouvements aériens spectaculaires. Un opus certes pas à la hauteur des récents Wall-E ou Là-haut du concurrent Pixar, et qui ne restera pas dans la légende de l’animation, mais qui se laisse regarder avec un plaisir non coupable.

 


Titre original : Megamind

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Durée : 95 mn


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