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Livre : Une histoire du spectacle militant

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Théâtre et cinéma militants (1966-1981), Biet Christian et Neveux Olivier (s/d), UPX Nanterre, Entretemps, 2007, 464 p.

Cet ouvrage, fêtant la date anniversaire des 40 ans de mai et juin 1968, est la publication des actes du colloque Pour une histoire du spectacle militant, Théâtre et cinémas militant (1966-1980), tenu à l’Université Paris X Nanterre, à la Cinémathèque française et aux théâtres de l’aquarium et des Amandiers, des 21 au 24 mai 2003.

On savait le cinéma militant, on redécouvre le théâtre militant. La parité n’est pas étonnante car le spectacle cinématographique, dit de curiosités, fut, aux origines, assimilé au spectacle théâtral, mais seul le domaine cinématographique sera ici abordé. L’ouvrage est divisé en quatre parties, à l’image des quatre journées : une première partie, Histoires, étudie les processus des années de luttes, une seconde, Événements, les dates jalonnant ces années noires et rouges, une troisième, Pratiques, les expériences emblématiques ou singulières empreignant ces années, une dernière, Représentations, la question de la représentation du cinéma et du théâtre militants. Enfin, aux contributions classiques s’ajoute un scénario inédit d’Armand Gatti : Les Katangais.

Qu’est ce qu’un film militant ? La période 1966-1980, favorable aux idées d’extrême-gauche, voit fleurir les films militants anarchistes français qui forment un cinéma invisible mais effectif (Isabelle Marinone). Jean-Luc Godard, membre du groupe Dziga Vertov, fait déjà des siennes avec La Chinoise (1967) et pose problème au PCF qui doit faire face au cinéma et au théâtre militants remettant en cause l’ordre social et politique (Frédérique Mantonti). Loin du Vietnam (1967) est l’exemple parfait d’une conception créatrice et collective (Alain Resnais, Jean-Luc Godard, William Klein, Claude Lelouch, Agnès Varda, Joris Irven…) du cinéma politique qui n’a pas pris une ride (Laurent Véray).

Profitant des événements et défiant les corporatismes et institutions, le film militant s’épanouit hors des circuits commerciaux et filme grèves et occupations ouvrières (Sébastien Layerle). Aux cinémas militant des Straub (François Albera) et révolutionnaire de Bernardo Bertolucci (Olivier Maillart), s’opposent des cinéastes anonymes (les Cinétracts par Hélène Raymond). Les cinémas militants s’investissent : cinémas homosexuels et féministes (Hélène Fleckinger), cinémas d’avant-garde (Gérard Leblanc). Ils se collectivisent et se divisent (David Faroult). Des entretiens avec Carole Roussopoulos, fondatrice du collectif Vidéo Out (Hélène Fleckinger) et Lionel Soukaz, cinéaste expérimental (H. Fleckinger et Olivier Neveux), complètent le tout. Au final, un gros pavé (68 oblige !) lancé dans la mare aux canards, pardon, aux journaux et livres sur les mouvements sociaux et politiques qui ont marqué le cinéma et le théâtre français.


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