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Les Vierges de Satan (The Devil Rides Out / The Devils Bride – Terence Fisher, 1968)

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Terence Fisher est quasiment indissociable de la compagnie de production anglaise la Hammer. Celle-ci avait récupéré les personnages de l´âge d´or du cinéma fantastique américain auprès d´Universal, en vue de produire de nouveaux films à faible budget mais à fort potentiel commercial.

Dans les années 50, les majors américaines n’arrivent plus à tirer suffisamment de profit des films fantastiques. Le genre a sombré dans la parodie et la série Z (Deux Nigauds contre Frankenstein, etc.). C’est donc sans nostalgie particulière qu’ils laissent partir Dracula, Frankenstein et les autres monstres vers les studios anglais.

C’est à Terence Fisher que revient l’honneur de rendre les lettres de noblesse aux personnages du fantastique – vampires, morts-vivants, loups-garous – en récréant une véritable atmosphère. Le réalisateur travaille sur les protagonistes  en leur donnant une épaisseur humaine. Il réinvente les mythes, et même les codes du genre, comme, par exemple, les canines rallongées et pointues des vampires. Fisher se pose comme le principal artisan de la renaissance des mythes du cinéma fantastique et le chef de file de l’âge d’or de la Hammer.

C’est après une cinquantaine de films, que Terence Fisher réalise Les Vierges de Satan (1968). Le cinéaste a atteint une sorte de maturité et de perfection aussi bien artistique que technique. Le film est l’adaptation par Richard Matheson de The Devil Rides Out de Dennis Wheatley. Le script est dans un premier temps bloqué par la censure anglaise qui émet un avis négatif quant à sa réalisation à cause de son sujet controversé. La production ne pourra être mis en place que quelques années plus tard, laps de temps qui permettra à Terence Fisher de devienirt encore plus inventif, soigneux sur les détails et peut-être plus sceptique sur la morale de la société.

Dans les années 20, au cours d’une réception mystérieuse le duc de Richleau (Christopher Lee) et son ami Rex Van Ryn se rendent compte que Simon, le protégé du premier fait partie d’une secte de magie noire dirigée par le grand prêtre Mocata (Charles Gray). Dès lors s’engage une lutte impitoyable entre Richleau, représentant le Bien, et Mocata, représentant le Mal. Et voilà qu’apparaissent le pentacle de protection contre le cercle satanique dans l’observatoire de Simon, la croix, l’eau bénite, le sel, le mercure et les formules magiques de Richleau contre l’Ange de la Mort, la chèvre de Mendès et le diable Ipssissimus – pour sauver trois jeunes âmes encore innocentes, Simon, Tanith et la toute jeune Peggy Eaton, victimes de l’emprise de Mocata.
 
 

Le thème de la lutte entre le Bien et le Mal est récurrent dans l’œuvre de Fisher. C’est d’ailleurs l’une des données essentielles qu’il utilise dans sa direction d’acteurs. Néanmoins, Les Vierges de Satan est un peu différent des ses autres films. Dans ces derniers, les personnages comme les vampires, le monstre de Frankenstein ou le loup-garou souffrent de leur malédiction et possèdent en eux les germes du Bien. Dracula hésite beaucoup avant de condamner son amoureuse à l’éternelle errance vampirique, le jeune homme qui est conscient de sa malédiction de loup-garou s’offre à la mort. De prime abord très manichéen, Les Vierges de Satan présente des frontières très claires qui séparent les deux forces en présence : le groupe du Duc versus celui de Mocata. Pourtant une deuxième lecture du film permet de distinguer que les deux côtés ne sont pas tellement éloignés l’un de l’autre et parfois Mocata parait même plus sympathique que le Duc.

Mocata et Richleau sont deux adversaires qui se valent et se ressemblent assez.. Si le premier est puissant et séduisant avec son regard hypnotisant, le second qui incarne le Bien est plus féroce, impassible et assez agressif. Mocata manipule ses ouailles par la persuasion mentale, par l’hypnose ou la manipulation à distance. Richleau donne des ordres directs avec interdiction d’oeuvrer et réprimandes si l’on agit mal par rapport au règlement sacré de la magie blanche ou du protestantisme anglican. Il est vital pour lui de sauver les âmes de la damnation éternelle. Même si Richleau est obligé de consulter la bibliothèque du British Museum pour maîtriser les grimoires de magie noire, sa compétence en la matière est incontestable. Parfois, l’on se demande pourquoi il n’agit pas avant que le mal soit fait et ne récite ses formules qu’au point culminant de la scène. La coexistence du Mal et du Bien est nécessaire. La victoire contre le Mal est-elle possible ou l’histoire est-elle vouée à se répéter à jamais ?

Ce curieux équilibre entre les deux forces fondamentales est également souligné par la mise en scène, comme, par exemple, lorsque Mocata hypnotise Marie Eaton afin de savoir où se trouvent Simon et Tanith. Le nombre de plans de Mocata est exactement le même que ceux de Marie. D’ailleurs, la séance d’hypnose de celle-ci dirigée par Richleau est beaucoup plus brute et le duci manque de la tuer à cause de l’intervention de son mari Richard Eaton. Le Bien et le Mal s’affrontent au sein de la haute bourgeoisie anglaise, des nantis qui possèdent, domestiques, manoirs, voitures, etc. Dans la course poursuite – qui est par ailleurs formidable – des vieilles voitures très classes, qui ne ressortent pas toujours intactes !

L’époque est parfaitement reconstituée par le réalisateur au détail près avec l’aide son directeur artistique, le talentueux Bernard Robinson. Fisher attachait beaucoup d’importance au maquillage et aux costumes des comédiens. Dans la nuit de Sabbat, par exemple, qui grouille de personnages légèrement dénudés dans des postures explicites, dominent les couleurs violet, blanc et roses. Christopher Lee, professeur émérite en occultisme, apporte de nombreuses touches d’authenticité au film : le rituel qu’il chante pour faire disparaitre l’Ange de la Mort est un exorcisme réel provenant d’un ancien grimoire de magie. L’observatoire de Simon, le pentacle et d’autres objets évoquant la magie ont été minutieusement recréés.

Même si Fisher n’est pas considéré d’emblée par la critique comme un auteur, il n’en reste pas moins un cinéaste majeur du cinéma fantastique. Il a réussi à attirer l’attention de la critique sur un genre méprisé et a imprimé son style dans l’histoire de cinéma. Reste à savoir s’il a pu utiliser les moyens cinématographiques à sa guise ou si la censure et la production l’ont brimé et lui ont imposé des choix. Mystère.
 

Titre original : The Devil rides out

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Durée : 95 mn


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