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Les Maraudeurs attaquent (Merrill’s Marauders, 1962)

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Plus qu’un film de guerre, un portrait touchant du soldat, humain et héroïque.

En 1945, Raoul Walsh réalisait un chef-d’œuvre du film de guerre avec son Aventures en Birmanie, évocation captivante de la campagne de Birmanie. Le film valait surtout pour ses formidables qualités formelles : sa jungle filmée avec une rare puissance par Walsh (et modèle de futurs classiques comme le Predator de McTiernan), son aura menaçante créée par ces ennemis japonais invisibles et la hargne de ses affrontements. Cela n’en restait pas moins un film de propagande, va-t-en-guerre, et à la gloire des Etats-Unis, où, exceptée la star Errol Flynn, les soldats en étaient réduits à des archétypes et des silhouettes (en plus de fausser la réalité en montrant une unité américaine seule alors que cette campagne fut surtout menée par les armées indiennes, chinoises et britanniques). Dix-sept ans plus tard, Fuller en réalise donc une sorte de pendant plus humain, logique si l’on considère le passé de soldat du réalisateur durant la guerre en Europe et en Afrique du Nord.
 

Le réalisme des Maraudeurs attaquent est renforcé par le fait de traiter de la vraie Unité Galahad dite des "Maraudeurs de Merrill" qui se montra héroïque durant cette campagne birmane. Les combats sont ici rares et constituent l’aboutissement de l’endurance et du courage de ces soldats. Les vrais ennemis sont la jungle, l’humidité, la chaleur et les diverses maladies tropicales qui amènent des troupes considérablement diminuées sur le front. Fuller nous dépeint cette communauté avec brio et concision, esquissant les personnalités de chacun et nous les rendant attachantes immédiatement, que ce soit ce japonais fier de combattre aux côtés des américains (belle scène où il se révolte lorsqu’on évoque sa tenue négligée), cet autre ayant reporté son affection sur sa mule Eleanor. Au centre du récit, on a surtout la relation père/fils entre le général Frank Merrill (Jeff Chandler dans son dernier rôle) et le lieutenant Stockton (Ty Hardin). Tous deux très attachés à leurs hommes, ils se différencient pourtant par leur sens du sacrifice. Stockton fraîchement promu est marqué dans sa chair par la perte de chacun de ses soldats (la scène où il n’arrive pas à rédiger des lettres de condoléances) quand Merrill, en chef pragmatique, parvient à mettre ses sentiments de côté pour un dévouement qu’il exige des autres mais s’applique avant tout à lui-même. Cela conduira l’unité à renoncer à la rotation promise de longue date pour une ultime mission désespérée où ils devront traverser jungle, colline et désert pour aller s’emparer d’une base japonaise. C’est un long chemin de croix où l’on verra les soldats succomber plus aisément à ce terrible voyage qu’aux balles, même si le danger peut surgir à tout moment avec les bombardements des avions ennemis. Le conflit moral est très intense entre les deux héros. Jeff Chandler est formidable en mêlant brillamment détermination guerrière et réelle compassion. Ty Hardin déploie un sacré charisme et il est bien dommage de ne pas l’avoir vu dans d’autres rôles majeurs par la suite, il en avait l’envergure. Fuller filme cela dans un scope de toute beauté, mettant en valeur les paysages sauvages brûlés par le soleil tout en restant au plus près de ces soldats.
 

Le film constitue d’ailleurs une forme de premier aboutissement (avant le définitif The Big Red One en 1980) de sa manière d’illustrer la guerre et ses combattants avec nombres de situations et personnages évoquant ces précédentes incursions dans le genre comme J’ai vécu l’enfer de Corée (1951) ou Baïonnette au canon (1951). L’affrontement final en forme de brutal corps à corps face à un ennemi supérieur en nombre est donc une belle célébration du courage et de ces hommes puisant dans leurs dernières ressources pour survivre. Les combats sont âpres et d’une violence saisissante, le générique vient figer les survivants dans la légende, l’armée les montrant aller achever cette mission d’assaut plus morts que vifs, et la voix off nous narrant leur victoire contre toute attente. En se plaçant ainsi à hauteur d’homme, Fuller vante plus les soldats, leur courage et leur solidarité que les drapeaux et un quelconque patriotisme.


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