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Les Invisibles

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Entre rires et larmes, le film de Louis-Julien Petit « Les Invisibles », nous fait un joli cadeau : celui de montrer que résilience balaie d’un revers tous nos clichés sur la précarité.

Dès l’aube, avant l’ouverture officielle, elles se pressent contre les grilles du Centre d’Accueil « L’Envol » en trimballant leur sac immense où toute leur vie est consignée. Pour son troisième film, Louis-Julien Petit a choisi un titre qui sonne tristement juste, inspiré et adapté du livre de Claire Lajeunie Sur la route des Invisibles. Invisibles nous plonge dans le quotidien des femmes SDF, qui le plus souvent échappent à notre vue, ou que nous ne voulons tout simplement pas voir. Sans misérabilisme, et avec une énorme tendresse, le réalisateur passé maître dans la comédie sociale (Discount, Carole Matthieu) réussit le tour de force de nous faire rire tout en nous confrontant à la réalité cruelle de l’extrême précarité.

Après une année de bénévolat auprès de femmes SDF et une deuxième mouture de scénario, Louis-Julien Petit a fait des bons choix. A commencer par celui d’un film qui se passe à l’intérieur du centre. Sous ce toit « bienfaiteur » entre rires et larmes, nous voyons vivre ces femmes au quotidien et apprenons à connaître chacune d’entre elles.

L’autre choix, encore plus audacieux, est celui d’un casting avec des actrices non professionnelles. Pour camper les SDF seulement deux comédiennes, Julie (Sarah Succo) et Catherine (Marie-Christine Cory), ont rejoint la cinquantaine d’actrices en herbe, toutes issues de la rue. Parmi ces combattantes, il y a Adolpha Van Meerhaeghe dont l’humour au coin de l’oeil et la sincérité chevillée au corps crèvent l’écran, mais aussi Edith (Piaf), Beyoncé, ou Brigitte (Macron), …, qui ont gardé leur nom d’emprunt utilisé au centre durant le tournage. « En s’abritant derrière une personnalité autre, elles trouvé le courage de se livrer dans toute leur vérité, en oubliant la caméra » précise Louis-Julien Petit. Spectateurs, nous oublions également nos propres certitudes, portés par leur énergie contagieuse, cueillis par cet humour brut qu’elles manient sans précaution comme par conjurer le sort « d’une vie de merde ».

Sans complaisance, le film évoque le pouvoir de la résilience de ces femmes que la société a effacées. Il rappelle que chacune d’entre elle a eu une vie avant la rue, un métier, des compétences, et qu’elles n’ont rien perdu de leur personnalité.

A la croisée des chemins de ces femmes dites « précaires », les travailleuses sociales, les autres invisibles de ce long métrage incarnées par Audrey Lamy, Corinne Masiero (déjà très engagée dans un projet de réinsertion éco-responsable ) Noémie Lvovsky et la charismatique Déborah Lukumuena (César du meilleur second rôle pour Divines) tentent toutes les solutions, échouent beaucoup, quitte à réinventer leur métier, pour les réinsérer.

S’il y avait un autre nom à donner à ce long métrage, il pourrait prendre celui du centre d’accueil « l’Envol », dont l’hyperbole prendra finalement tout son sens. À la fin du tournage, Louis-Julien Petit raconte qu’elles « n’étaient plus les mêmes : avoir fait partie d’une équipe, avoir pris conscience qu’elles étaient indispensables, avoir été rémunérées, avoir pu se livrer, avoir été regardées, avoir été aimées… Tout cela les a transformées. » Limpides. Visibles.

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Durée : 102 mn


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