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Le Grand bal

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Laissez-nous danser tout l’été…

Pour son cinquième film documentaire, Laetitia Carton opte pour un sujet moins douloureux  que les précédents et nous entraîne dans une danse infinie, proche de la volonté dionysiaque préconisée par Nietzsche qui nous recommandait de danser pour élever nos cœurs. Ce film lui permet aussi encore une fois de retourner sur les pas de sa famille, comme elle avait pu le faire en 2010, pour la télévision, avec La pieuvre. Ici, ses souvenirs la ramènent en Auvergne où sa grand-mère lui racontait que, lorsqu’elle était jeune, elle montait sur le parquet en début de bal et ne le quittait plus avant le petit matin. Même si ses parents, quant à eux, n’aimaient pas danser, Laetitia Carton se déclare amoureuse de la danse, dans sa note d’intention, qui débute ainsi : « J’ai toujours aimé danser ». Et les Grands Bals de l’Europe qu’elle fréquente assidûment depuis des années lui ont donné l’idée de ce beau film qui ne pouvait pas porter un autre titre que Le grand bal. Parce qu’en effet, ce que son film décrit, c’est un grand bal, ou plutôt plusieurs bals sous chapiteaux qui se déroulent en un lieu bucolique pendant 7 jours et 7 nuits non stop. Mais cela n’a rien à voir avec les marathons qu’on organisait dans les années 1930 et que le film de Sydney Pollack, On achève bien les chevaux (1969, tiré du roman d’Horace McCoy), restitue à merveille sous forme de tragédie. Ici, bien sûr pas de tragédie, ni même d’exploit sportif ou d’endurance, même si les protagonistes que sa caméra rencontre parlent beaucoup de leur fatigue et de leur rare repos dans des tentes ou sur des hamacs de fortune.

 

 

Seul le plaisir de danser, en duo ou en groupe, compte ici, mais pas seulement le plaisir de la danse, celui aussi d’être ensemble. Et c’est ce que souligne, par moments, la voix off de la réalisatrice dont le timbre s’harmonise parfait avec la musique et la joie de ces danseurs, qu’elle glisse sur une route poudrée de gelée blanche, ou sur des terrains agricoles transformés en guinguette où les corps se touchent, se regardent, s’adonnent à la joie de la vie dans une danse effrénée qui donne parfois, on ne sait trop pourquoi, envie de pleurer d’émotion. Parce que justement, ce film aux qualités cinématographiques indéniables, grâce à l’image de Karine Aulnette, Prisca Bourgoin, Laetitia Carton et Laurent Coltelloni, acquiert une dimension humaine, voire universelle, pour ne pas dire mystique, tout en donnant sens en plus à toutes les danses du monde entier, et que les spectateurs vont pouvoir découvrir à leur tour : scottish, cercle circassien, gavotte de l’Aven, congo des landes, et bien sûr le fameux pas de bourrée.

 

 

Alors, le film prend toute sa force parce qu’il est à la fois une œuvre d’art de grand talent, mais fait aussi œuvre de pédagogie puisque le film est traversé souvent de discussions et de remarques pertinentes sur les relations homme/femme inévitables lorsqu’on traite bien sûr de la danse, mais aussi de la vieillesse, de la timidité et de l’esclusion. C’est ainsi qu’on peut dire que Laetitia Carton a été bien inspirée d’installer ses caméras à l’été 2016 pour filmer en Aquitaine, semble-t-il, la totalité du Grand Bal. « La vie pour moi, déclare Laetitia Carton dans le dossier de presse du film, c’est comme une médaille. Il y a la face et le revers. Dans  toute zone d’ombre il y a de la lumière et inversement. Au Grand Bal, c’est quelque chose q’on vit de manière très intense. En cinq minutes, on peut vivre un moment de grâce et se prendre un grosse claque, d’une violence inouïe cinq minutes après. C’est un petit monde où on revit plus intensément tout ce qu’on peut vivre à l’extérieur. » Faire de ce bal, la folle ronde de la vie qu’avait si bien chanté Jeanne Moreau dans Le tourbillon de la vie.

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Durée : 89 mn


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