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Le dernier train du Katanga (Jack Cardiff – 1968)

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Film ultra-violent d’une férocité impressionnante où Cardiff enflamme la jungle congolaise. Reste que le regard du réalisateur sur une réalité qui le dépasse, tantôt naïf ou tantôt complaisant, gâche quelque peu le spectacle et peut déranger.

L’affiche foutraque très série B de l’époque donne le ton. Duel à la tronçonneuse, attaque de train, romance, explosions, viols… Brutes! Savages! Heroes! They’re mercenaries… They’re paid to do a job! La brutalité, la férocité qui se dégage de ce film politiquement incorrect, rapidement accusé de fascisme à sa sortie en 1968, est toujours aussi vivace aujourd’hui. Le dernier train du Katanga, c’est l’aventure avec un grand A. L’Aventure primaire. Le capitaine Curry, mercenaire de son état, est chargé par le président du Congo de venir en aide à un groupe de civils pris entre deux feux par la révolte Simba et accessoirement, de ramener un stock de diamants pour le compte d’une société belge qui approvisionne le gouvernement en armes. On lui donne trois jours. Plus que de traiter de la situation congolaise de l’époque qui voyait une population s’affronter et un régime en affaires avec le colon, Cardiff fonce la tête la première dans la sauvagerie humaine et l’ultra violence. Si cette dernière passe beaucoup par le hors-champ, elle reste, même aujourd’hui, très efficace et toujours choquante. Graphique et organique dans les paysages caniculaires du Congo, cette violence passe en grande partie par les personnages et les affrontements au sein même de l’équipe de mercenaires. Rod Taylor en capitaine Curry, mâchoire carrée et distance froide face aux horreurs qu’il côtoie ; Henlein (Peter Carsten) l’ancien nazi, tueur d’enfants et salaud de service ; Ruffo, le congolais éduqué (attention : on nous rappelle bien qu’il parle quatre langues !), caution du film et ami de Curry, joué par l’excellent Jim Brown… Si l’on rajoute à ça un médecin alcoolique, une jeune femme candide et désirable, on peut s’étonner du soin donné aux personnages malgré la caricature, dans un film pourtant très premier degré dans sa brutalité.

Si la sortie prochaine d’Unglorious Basterd et de ses expéditions armées rappelle Le dernier train du Katanga et ces films « de commandos », on est ici plus près du Tarantino de Grindhouse (tendance Rodriguez). A savoir, un Cinéma improbable où un ancien Nazi et un mercenaire anglais se battent à coup de tronçonneuse dans un Congo en feu. Là où on évite la catastrophe, c’est que Cardiff n’est pas le premier venu. Chef opérateur de grands films de Michael Powell (Le narcisse noir, Les chaussons rouges) ou autres Comtesse aux pieds nus de Joseph L. Mankievicz, Cardiff arrive à rendre plastiquement la brutalité de son récit dans ses images. Dans les couleurs chaudes et moites de ses plans, dans son montage rythmé par le superbe score de Jacques Loussier et à l’intérieur de scènes de massacre parfaitement calibrées dans l’espace malgré la barbarie et le bordel ambiant. Une scène laisse sans voix. Quand nos « héros », une fois leur mission accomplie, s’échappent en train et laissent derrière eux une armée Simba incandescente, un des wagons rempli de civils va se détacher du convoi en haut d’une côte. Le temps va alors se figer une seconde et les regards se croiser. Quand le wagon se remet en mouvement, c’est pour revenir en arrière en direction d’un ennemi qui va les tuer un par un. Les diamants étant dans le wagon, il va falloir également y retourner… Typique d’un cinéma où il est très difficile de se sortir d’affaire et où on ne fait que très peu de cas des victimes.

Colons torturés, bonnes sœurs violées… Cardiff va très vite car là n’est pas la question. La barbarie de la scène finale allant tellement loin qu’elle avait même été censurée à l’époque (cette version cut, qui est toujours l’unique version disponible aujourd’hui, rendant d’ailleurs complètement bancales les dernières minutes du film). On dénonce la violence, la sauvagerie, mais en même temps elle nous fascine. C’est sans doute une des raisons qui voient Scorsese se dire coupable d’aimer ce film. Plus que de condamner les côtés les plus primaires de l’humanité, c’est ces derniers qui sont convoqués chez le spectateur. Difficile pourtant de se sentir coupable de notre condition primaire et de notre fascination pour la violence. Par contre, la culpabilité peut venir d’ailleurs. Dans le fait qu’il s’agisse clairement d’un film « de Blancs » fait pour l’Occident. A savoir que l’exotisme scolaire qui transpire du film tient plus de l’image d’Épinal que de la carte postale. Si le personnage de Ruffo est assez salvateur, il reste pourtant beaucoup trop appuyé et tout sauf naturel. Les grandes discussions humanistes qu’il tient avec Curry, sur sa condition et celle de son peuple, plus que de sonner faux, sont totalement forcées et semblent n’avoir comme but que de contrebalancer le traitement fait par ailleurs des congolais : sauvages ou gentils nègres. Même si la barbarie de l’homme blanc montre bien à quel point Cardiff évite un manichéisme ambigu, certaines maladresses subsistent. « On m’a proposé de descendre de mon arbre et je tuerais quiconque voudra m’y faire remonter » dit Ruffo à Curry. Maladroit…

Titre original : The Mercenaries ou Dark of the Sun

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Durée : 100 mn


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