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La Poupée brisée (The Big Street)

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Mélodrame caricatural et d’autant plus fatigant qu’il a mal vieilli, La Poupée brisée est un fastidieux enchaînement de gags burlesques et de scènes mièvres qui irritent plus qu’elles ne créent une quelconque forme de compassion. Lorsque Gloria, pulpeuse chanteuse de cabaret aux espoirs maritaux très intéressés, est rendue invalide par l’un de ses amants et […]

Mélodrame caricatural et d’autant plus fatigant qu’il a mal vieilli, La Poupée brisée est un fastidieux enchaînement de gags burlesques et de scènes mièvres qui irritent plus qu’elles ne créent une quelconque forme de compassion.

Lorsque Gloria, pulpeuse chanteuse de cabaret aux espoirs maritaux très intéressés, est rendue invalide par l’un de ses amants et perd par là même son statut naissant de starlette, Pinkerton, alias Pinks, qui l’aime en secret, décide de la prendre sous son aile, aussi pauvre soit-il. Celui-ci se lance alors dans une tentative désespérée de faire croire à sa capricieuse aimée que son bel avenir dans le monde des paillettes n’est pas révolu. Il va mettre en œuvre tout ce qu’il a d’imagination pour faire à nouveau flotter Gloria dans un rêve qui lui est désormais inaccessible.

Difficile de jeter la pierre au casting, Henri Fonda interprète avec fidélité le rôle de l’amoureux de l’ombre, de la brave épaule samaritaine, à tel point que la passion qui le motive ne transparaît pour ainsi dire presque jamais, n’offrant à notre regard que l’image fade d’un homme sans fougue, soumis et inexpressif. Le contraste est d’autant plus saisissant que l’objet de son amour n’est autre que la furie incarnée, non sans excès mélodramatiques, par Lucille Ball, starlette vénale, éprise de billets verts et de cailloux qui scintillent, sorte de Marylin Monroe déchue avant d’avoir éclos.

Si la souffrance de Gloria ne nous effleure pas, tant le personnage est capricieux et mesquin, si la soumission sans réserve de Pinks ne fait qu’agacer, on peut toutefois apprécier le tableau comique de la bande de joyeuses fripouilles qui travaillent dans l’environnement de Pinks. Parieurs ruinés, gangsters de petite envergure, qui font plus dans le vol à la tire qu’ils ne côtoient la mafia locale, ces quelques figures nous distraient et apportent une touche burlesque qui aère par moments la pesanteur du misérabilisme dans lequel sont ballotés les deux héros. Certaines répliques peuvent ainsi faire sourire, Gloria qui décide de changer d’amant : « Je songe à changer de banque », le cuisinier obèse époux de la maigrelette Violette : « Je suis romantique mais j’ai faim », le concours du plus gros mangeur… Mais il semble que les prétentions d’Irving Reis ne résidaient pas uniquement dans le comique dégagé par quelques allègres voyous.

Titre original : The Big Street

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Durée : 88 mn


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