La comédie du remariage, norme psychanalytique du burlesque

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Stanley Cavell consacra un livre au sous-genre qu’il avait inventé : la « comédie du remariage ». Ces films constituent un noyau de la comédie hollywoodienne. Des classiques !

Caractérisées par un sens aïgu du montage et du raccord, qui offrent un nouvel élan au burlesque, les comédies du remariage du cinéma américain sont de grandes œuvres. Riches et puissantes graphiquement, le corps y est érotisé et la silhouette acquiert des ressources esthétiques sensuelles.

Pro-féministe et révolutionnaire, l’analyse du philosophe américain, dans son ouvrage A la recherche du bonheur, Hollywood et la comédie du remariage (Les Cahiers du Cinéma, 1993), envisage en seconde thèse que les films qui installent des dialogues chaloupés avec un débit vertigineux (La dame du vendredi (His girl Friday) et Indiscrétions (The Philadelphia Story) notamment, sont cadrés dans un univers luxueux propice à l’avènement du déniaisement ontologique et de l’initiation à l’inédit.

La meilleure représentation de cette réactualisation trouve une mystique manifestation dans Un cœur pris au piège (The Lady Eve), le film de Sturges, qui réinterprète la Bible de façon cocasse et rafraîchissante. Qu’il s’agisse d’un tribunal théâtral avec Madame porte la culotte (Adam’s rib), ou d’un road-movie défloral dans New-York-Miami (It happened one night), la comédie du remariage revêt des oripeaux multiples et originaux, qui bousculent la tradition américaine de la comédie pour la renouveler en son sein propre.

En troisième thèse, Stanley assure que le genre naît tout armé. Il a une logique, une cohérence et dispose d’une ouverture. La notion d’héritage fait partie prenante du sous-genre. Aujourd’hui encore, un film comme Intolérable Cruauté, ou, bien avant, Mr and Miss Smith d’Hitchcock, sont considérés comme des comédies du remariage.

Bonne lecture à tous et à toutes.


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