La Brindille

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Petit film solaire, « La Brindille » aborde avec justesse le thème de la grossesse non désirée, mais peine à aller au-delà de son propos.

Que reste-t-il de La Brindille, quelques semaines après l’avoir vu ? Des plans lumineux, une jeune femme un peu paumée qui marche dans les rues de Marseille, sac en bandoulière et mine boudeuse… Un ensemble délicat, charmant mais pas captivant. La Brindille, et on est un peu triste de devoir le dire, s’oublie presque aussi vite qu’on l’a vu. Non pas qu’il soit bourré de défauts – pas du tout, en fait. Mais c’est un film timide, qui donne l’impression de s’excuser en permanence, un peu comme si sa réalisatrice n’en revenait toujours pas d’avoir pu le faire, ce film-là. Le parcours de cette réalisatrice, Emmanuelle Millet, ne manque pourtant pas d’intérêt. Engagée dans l’humanitaire et le social depuis l’âge de vingt ans, elle s’est investie notamment auprès de Médecins du Monde, puis de Handicap International et du Secours populaire. Passionnée de théâtre, elle suit des cours en parallèle, s’intéresse à l’écriture au cinéma, écrit un court métrage contre les violences conjugales produit par Arte, remporte en 2008 un concours de scénarios contre les discriminations lancé par le Crips.

La Brindille est son premier long métrage. Emmanuelle Millet ne déroge pas à son attrait pour le social et suit le parcours de Sarah, vingt ans, qui se rend compte qu’elle est enceinte au bout de six mois de grossesse. Le choix se pose alors : garder l’enfant et devenir mère, ou conserver l’indépendance qu’elle recherchait tant. Et voilà. Ni plus ni moins, dans La Brindille, que ce questionnement. Rien de plus qu’un attachant portrait de femme, rien de moins qu’un film soigné, plutôt bien éclairé et bien joué. C’est précisément cela qui fait que La Brindille n’est pas inoubliable : trop propre, trop sage, sans réelle aspérité. Le film ressemble plus à un objet institutionnel à destination des jeunes filles-mères qu’à une fiction susceptible de remporter l’adhésion. Difficile de se passionner pour les longs échanges entre Sarah et la directrice du centre maternel dans lequel elle loge, tournés en plans quasi fixes et qui semblent n’avoir d’autre but que de dresser la liste des choses à prendre en considération au moment de décider d’accoucher sous X et de placer le bébé à l’adoption.

Alors évidemment, rien d’honteux dans ce film, rien d’attaquable dans ses intentions, louables au demeurant, mais un ennui poli qui perdure jusqu’au bout. Si La Brindille se suit quand même agréablement, c’est grâce à ses acteurs, bien castés. Christa Théret, toute en douceur renfrognée, semble tout faire avec une facilité déconcertante. Fragilité, mélancolie, agressivité : tout lui va, et elle donne réellement corps à ce que peut être une fille de vingt ans en déni de grossesse. Face à elle, Johan Libéreau est tout aussi cohérent, en amoureux trouvé un peu au hasard et qui tombe au mauvais moment. Rassurant et agréable, son personnage est l’une des plus belles idées du film, joli contrepoint aux doutes de Sarah et qui lui dira, lucide : « Je suis sûr que tu partiras comme t’es arrivée, d’un battement d’ailes ». Enfin, il y a Anne Le Ny qui, après La Guerre est déclarée, montre à quel point elle excelle dans ce mélange d’autorité, de sensibilité et de fantaisie.

 

C’est ainsi que La Brindille se construit un peu comme son personnage : en tâtonnant. Toujours soucieux de bien faire, terrifié à l’idée de faire fausse route. Le plus gros atout du film d’Emmanuelle Millet est bien celui de faire corps avec son personnage, d’être toujours de son côté. Il accompagne Sarah dans ses errances, fait siennes ses réflexions, prend le temps de la suivre où elle va. Dommage qu’il peine à s’élever au-delà de son seul sujet, et porte au final très justement son nom : La Brindille est un film fin, délicat, menaçant de rompre à chaque instant.

Titre original : La Brindille

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Durée : 81 mn


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