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John Carter

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Le meilleur film de SF depuis « Avatar ».

La sortie de John Carter nous permet un certain retour sur les tendances des blockbusters de ces dix dernières années. En 2001, le succès de l’adaptation risquée de la trilogie du Seigneur des Anneaux lors de la sortie de La Communauté de l’Anneau annonçait presque cinq années de blockbusters d’heroïc fantasy épique de qualités diverses et variées. Plus récemment, le règne des super-héros initié par les Spider-Man de Sam Raimi se voyait imprégné de la rigueur sombre de Batman Begins et surtout The Dark Knight de Christopher Nolan. Aujourd’hui, le carton qui semble donner le la des productions studio à venir est l’Avatar de James Cameron. Cela s’est tout d’abord manifesté de manière superficielle avec la démocratisation massive de la 3D, pour le pire le plus souvent. Avec John Carter, on voit enfin de quelle manière le film de Cameron a influencé de manière artistique les gros mastodontes de studios à venir. Avatar avec son mélange d’action, d’écologie et d’humanisme avait réveillé les fantômes de la littérature SF et d’aventure des années 50 et 60, notamment le Cycle de Tschaï de Jack Vance. Dans ce type d’ouvrage, on croisait des éléments d’aventure et de western dans un contexte inconnu, dépaysant et exotique, ce qu’on retrouve précisément dans Avatar qui donnait une version space opera de l’histoire de Pocahontas.

On ne peut accuser John Carter de surfer sur cette vague, le projet aboutissant enfin après un long development hell dont une récente tentative avortée par Kerry Conran (réalisateur du sympathique Captain Sky et le monde de demain, déjà une amusante tentative de SF rétro), puis Jon Favreau, avant de tomber dans le giron de Disney. La légitimité du film tient surtout dans le fait qu’il renoue avec les sources mêmes de cette littérature. Le récit est adapté des ouvrages d’Edgar Rice Burroughs, pionnier de cet imaginaire avec ses créations Tarzan, et donc John Carter dont on transpose ici le premier volet de son célèbre Cycle de Mars. Respectueuse, épique et touchante, la tentative est une réussite splendide. Dans ce qui est son premier projet live, Andrew Stanton s’en sort avec brio et laisse poindre les thématiques au centre de ces précédents films. On retrouve ainsi la notion de deuil, se résolvant par une odyssée (spatiale ici, maritime dans Le Monde Nemo), le rapprochement entre deux êtres de mondes opposés (les robots de Wall-E, la fillette et les monstres de Monstres et Cie dont il a écrit le scénario), mais aussi une méfiance envers une autorité s’imposant par la duperie et le mensonge (l’apathie des humains de Wall-E, la peur des humains qu’ont les créatures de Monstres et Cie). Stanton s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus doués de Pixar, par cette capacité à imprégner d’une humanité profonde les mondes imaginaires parcourus et John Carter ne fait pas exception.

Nous avons donc ici un protagoniste héros de la Guerre de Sécession, rendu apathique par la tragique et violente perte de sa famille. Des circonstances extraordinaires le propulsent dans le monde de Barsoom (nom que donnent les martiens à leur planète), où, en contribuant à vaincre la tyrannie en marche, il va aussi vaincre ses propres démons. Ce qui semble des défauts s’avèrent finalement des choix judicieux, tel le choix du malingre Taylor Kitsch dans le rôle-titre, loin du musculeux débordant de testostérone. Son manque de charisme apparent appuie l’aspect éteint et accablé du John Carter brisé du début de film, et sert d’autant mieux l’iconisation décomplexée le mettant en valeur lorsque galvanisé, il multipliera ensuite les exploits surhumains. On est également assez éloigné des déesses aux formes généreuses des couvertures de pulps avec la princesse de Barsoom jouée par Lynn Collins. Là encore, en dépit de tenues affolantes dignes du bikini de Carrie Fisher au début du Retour du Jedi, Stanton capture sa beauté avec une sobriété et une élégance qui ne distraient pas du conflit intérieur du personnage, femme éduquée et contrainte de choisir entre sauver son peuple et épouser un homme qu’elle déteste.

Ces enjeux intimes donnent consistance à un univers à l’esthétique foisonnante. On reprochera sans doute à Stanton de délivrer un visuel peu original, qui le rapproche fortement de Star Wars (l’ambiance péplum spatial de La Menace Fantôme et L’Attaque des clones vient plusieurs fois à l’esprit), mais c’est bien Lucas qui a pillé cet héritage pour sa création et Andrew Stanton se contente de la reproduire fidèlement, même si tout cela manque sans doute d’excès et de kitsch. L’imagerie est donc fortement exotique et orientale dans les décors et costumes de cette planète désertique et brûlée par le soleil. La mise en scène de Stanton se fait ample et énergique pour capturer les exploits de John Carter, notamment sa capacité à effectuer des bonds prodigieux grâce à la gravité décuplant ces aptitudes physiques avec nombre d’affrontements furieux. Ceux-ci comme toujours gagnent en intensité en convoquant les sentiments : la catharsis du héros affrontant un armée à un contre cent, les mœurs spartiates du peuple Thark qui disparaissent pour un simple rapprochement père/fille en plein combat (Willem Dafoe et Samantha Morton, fabuleux dans une prestation en motion captures similaire aux Nav’i d’Avatar), un final épique où l’intensité des batailles spatiales des Star Wars n’est pas loin. C’est pourtant dans le long épilogue d’une grande poésie et mélancolie que la magie fonctionne définitivement, justifiant la narration en flashback (avec un joli clin d’œil à Edgar Rice Burroughs) et achevant la quête de son héros désormais apaisé. Devenu légende, il mérite enfin l’aura mythologique du titre John Carter of Mars qu’il retrouve dans sa totalité lors du générique de fin.

Le seul vrai défaut serait sans doute le rythme trop soutenu qui accélère trop les évènements et dilue parfois la force de certains moments dont la fameuse séquence où John défie seul une armée. On sait combien Disney tâtonna dans la manière de vendre le film. On ressent donc les coupes destinés à le réduire aux 2h20 d’un format classique, propice aux séances quotidiennes. En attendant un director’s cut qui en fasse un classique SF, on a déjà un excellent film dont on espère le succès, pour savourer de futures adaptations tout aussi réussies de Jack Vance, Frank Herbert (Stanton glisse d’ailleurs un joli pastiche du Dune de David Lynch, saurez-vous le retrouver ?) ou Dan Simmons.

Titre original : John Carter

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Durée : 132 mn


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