Revue Jeune Cinéma : Eté 2007 - N°310 - 311


Revue Jeune Cinéma : Eté 2007 - N°310 - 311

Retrouvez l'édito de la revue Jeune Cinéma.

Article de Lucien Logette



Les temps sont bien déraisonnables. À peine avions-nous fini de nous féliciter que le Prix de l'Éducation nationale, qui choisit parmi les films projetés au Festival de Cannes celui qui bénéficiera d'une édition DVD accompagnée d'outils pédagogiques en direction des lycéens, ait été décerné à 4 mois, 3 semaines et 2 jours, de Cristian Mungiu, dernière Palme d'or en date - ce qui était la preuve, de la part des jurés dudit prix, de discernement, le film étant remarquable, et de courage, son sujet, l'avortement, étant traité sans dérobade - que nous apprenions que le ministère décidait de ne pas soutenir le film, en s'abritant derrière le fameux "principe de précaution". "Des élèves auraient pu être choqués" aurait déclaré le ministre. etc.).

Saluons la puissance de travail d'un responsable qui, malgré la charge que représente l'examen au cas par cas des milliers de postes qu'il a promis de supprimer dans le secteur dont il a la tutelle, prend le temps de visionner une œuvre primée par des experts afin de vérifier si elle mérite son approbation. En d'autres temps, on appelait cela l'imprimatur. Au moins est-on ainsi assuré que nos chères têtes blondes sont sous bonne garde. etc.).

Certes, le film n'est pas une bluette. Mungiu ne se préoccupe pas de l'aspect moral et ne dissimule rien de l'aspect technique de la chose - les étudiantes roumaines enceintes contre leur gré sous Ceausescu ne se posaient sans doute pas de questions éthiques. Mais y voir, comme l'affirme l'association Choisir la vie - à forte odeur d'Opus Dei, et influente dans d'autres sphères ministérielles - qui a dénoncé 4 mois... au ministre, "une propagande pro-avortement" est un non-sens. Rarement film aura été aussi peu incitatif, montrant au contraire l'horreur de la situation. etc.).

Imaginer une seconde que les lycéennes vont utiliser la Palme d'or comme un catalogue des ressources est une crérinerie — comme si, en 2003, le premier Prix de l'Éducation nationale, Eléphant, avait été récusé sous prétexte qu'il fournissait un mode d'emploi pour se débarrasser des enseignants. Mais peut-être a-t-on décelé dans le film de Cristian Mungiu, l'avortement étant une conséquence directe du relâchement des mœurs, une trace de cet esprit soixante-huitard qui nous a causé tant de mal. Extirpons, extirpons... Positif, dans ses primes années, avait une rubrique, très régulièremenr entretenue, "Les infortunes de la liberté" — nous pensions ces temps-là révolus. etc.).

Nous en sommes là, en ce tout début juillet (mais la situation va certainement évoluer), premier mois du nouvel âge glaciaire, annonciateur pourtant d'un été fourni en découvertes et retrouvailles. Cannes a éteint ses lampions et rangé ses guirlandes, et entamé sa septième décennie après un festival assez éblouissant, qui a tenu toutes ses promesses, comme nous tentons de le décrire plus loin dans le détail. etc.).

Depuis, d'autres rencontres chères à Jeune Cinéma ont apporté ou apporteront leur lot de films remarquables, occasion de recensions futures - en particulier les rérrospectives Luigi Comencini (à Pesaro), Ulrich Seidl (à La Rochelle) et Asta Nielsen (à Bologne). Mais les découvertes ne sont pas réservées aux seuls coureurs de festivals : jusqu'à la fin de ce mois, la Cinémathèque française rend hommage à Terence Fisher er à Preston Sturges, ce dont on ne peut que la féliciter, avant la grande opération Sacha Guitry (une exposition et une intégrale) du prochain automne, qui permettta de remertre en perspective une œuvre devant laquelle nous devons avouet notre indécision - quel est le vrai Guitry, celui de Bonne chance, qui nous enchante, ou celui de 5/ Versailles m'était conté, qui nous effondre ? Réponse dans notre numéro de fin d'année. etc.).

Heureux spectateur parisien : pour le récompenser de rester à la ville cet été, des distributeurs prodigues lui offrent une pleine charrette de chefs-d'œuvre de Mizoguchi (ceux des dernières années) en copies neuves, des rééditions de rares Nagisa Oshima - et même un inédit, Une ville d'amour et d'espoir -, et le rendez-vous habituel des projections en plein air du parc de la Villette, centrées cette année sur le thème fort explicite "lère classe et strapontins". etc.).

Si l'on ajoute à ce festin deux remarquables films français prévus en août, Naissance des pieuvres (Céline Sciamma) et En souvenir de nous (Michel Leviant, qui tepose sur un principe étonnant que nous n'avions encore jamais vu utiliser), et, pour les amateurs de comtes, Les 4 Fantastiques et le surfer d'argent (un des plus beaux héros de Sran Lee), on comprend qu'il n'y a aucune raison d'abandonner la capitale. etc.).

Quant aux justifications avancées pour réunir Abbas Kiarostami et Victor Erice (nés à la même date, confrontés à des situations politiques similaires, tous deux passionnés par le cinéma), elles ne nous paraissaient pas particuliètement évidentes, car partagées par de trop nombteux cinéastes pout être pertinentes. Mais puisque le Centre Pompidou y trouve prétexte pour une double rétrospective croisée (enrre septembre et la fin de l'année), nous n'allons pas refuser le plaisir des retrouvailles avec les chefs-d'œuvre si peu fréquentés et si bouleversants du trop discret Espagnol, L'Esprit de la rucbe et Le Songe de la lumière. Vivement la rentrée. etc.).



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