Revue Jeune Cinéma : Printemps 2007 - N°308-309


Revue Jeune Cinéma : Printemps 2007 - N°308-309

Retrouvez l'édito de la revue Jeune Cinéma.

Article de Lucien Logette



L'Annuel du cinéma 2007, qui vient de paraître, et sur lequel nous revenons plus loin, consacre quelques-unes de ses pages d'introduction à un questionnaire sur la critique. L'exercice n'est pas neuf, nous avions jadis constaté qu'il se reproduisait à peu près tous les dix ans, manière de prendre ponctuellement le pouls de la profession - enfin, d'une partie, cat l'échantillonnage n'est jamais totalement représentatif. Ce qui est neuf cette fois-ci, c'est la mollesse de l'ambiance et l'impression de fin de partie qui s'y fait jour.

À la question « Quel est le pouvoir réel de la critique face au poids grandissant de l'industrie ? », les réponses manifestent, dans leur majorité, une lucidité navrée à laquelle les enquêtes anciennes ne nous avaient pas habitué. « Un pouvoir de plus en plus minime », « quasiment aucun pouvoir face aux grosses sorties », « un pouvoir de plus en plus réduit... plus de pouvoir, c'est fini », « aucun pouvoir, même s'il est difficile de mesiinr le rien ».

Certes, quelques-uns proclament leur foi renouvelée dans la critique: « oui, elle peut infléchir les lois économiques », « oui, si elle est réellement indépendante et ne se laisse pas intimider », « l'industrie ne tuera jamais le talent, l'art n'est pas forcément l'argent », toutes affirmations qui évoqueraient plutôt des pratiques incantatoires de faiseur de pluie que des positions raisonnées (comment infléchir la loi du marché par notre seule parole ? que signifie, aujourd'hui, l'indépendance de la presse/ etc.).

La critique n'a jamais vraiment pesé lourd, mais a longtemps cultivé l'illusion qu'elle le pouvait. Il semblerait qu'aujourd'hui une bonne partie d'entre nous s'en tende compte, d'où cette morosité. Morosité que l'on partage, mais qui ne nous empêchera pas de continuer à défendre et illustrer tout ce qui mérite de l'être — un seul lecteur convaincu et notre activité trouve sa justification. Comme s'écrie plaisamment l'un des questionnés : « le pouvoir réel, on s'en fout, on n'est pas là pour se poser des questions, on verra plus tard! Pour l'instant, on résiste. »

Avril, c'est, le temps de L'Annuel, mais c'est aussi celui de l'annonce des programmes du Festival de Cannes, qui va occuper le monde-cinéma dans son entier le mois prochain. Le soixantième anniversaire de l'institution sera assurément célébré avec toute la pompe prévisible, paillettes (pourquoi pas une palme chryséléphantine plutôt que simplement dorée ?) et montée des marches retransmise jusqu'aux confins de la galaxie. Mais plus que la couverture par les journaux de 20 heures et l'embouteillage de Vel Satis sur la Croisette, ce sont les films qui nous intéressent.

Au su de la sélection officielle (nous ne connaissons pas encore les choix de la Semaine de la Critique ni de la Quinzaine des réalisateurs), le repas s'annonce copieux et particulièrement alléchant. Notre obligation de réserve (er le désir de ne pas couper l'herbe aux pieds des revues moins privilégiées que Jeune Cinéma) ne nous permet pas d'entrer dans le détail des différentes richesses qui seront dévoilées à partir du 16 mai. Disons simplement que si le débarquement US est effectué par une division blindée (Quentin Tarantino, Coen Bros, David t'incher, James Gray, Gus Van Sant, Sreven Soderbergh), les valeurs sûres (Emir Kusturica, Bêla Tarr, Alexander Sokourov, Kim Ki-duk) et les valeurs montantes (Andrei Zviaguinrsev, Ulrich Seidl, Carlos Reygadas) ne décevront pas.

Et nous sommes même étonné d'avoir été aussi captivé par le Stellet Licht de ce dernier, rétif que nous étions devant ses précédents Japon et Battala en el aelo. Du côté d'Un certain regard, les deux titres chinois, Blind Mountain (Li Yang) et Nigbt Train (Diao Yinan), lorsqu'ils sortiront, ne devront être ratés sous aucun prétexte, avis aux lecteurs, non plus que le Califonihi Dreamin du Roumain Cristian Nemescu, ni le Am ende kommen tonristen de l'Allemand Robert Talheim. Nous n'en dirons pas plus, conservant des munitions pour le prochain numéro.

Si, tout de même: les deux documentaites, signés Carmen Castillo (Calle Santa Fé) et Barbet Schroeder {L'Avocat de la terreur), sont parmi les choses les plus passionnantes vues depuis longtemps. Le ptemiet risque d'émouvoir aux larmes (mais oui) rous ceux pour qui la fin du Chili d'Allende reste une cicatrice mal refermée. Le second est un portrait époustouflant de Jacques Vergés, et l'évocation de ses combats, certains ou douteux, s'appuie sur une masse de documents rarement mis au jour. Le film sort le 6 juin, immédiatement après Cannes: après le redynamisant Les Lip. l'imagination au pouvoir de Christian Rouaud, la fête continue pour les amateurs de points de vue intelligemment documentés.

En rendant hommage à quelques anciens auropalmés (Olmi, Lelouch, Schloendorff), Cannes présente Ulzbun, dernier titre de l'auteur du Tambour. Pour une fois, nous sommes en phase avec l'actualité, même si la date de sortie du film n'est pas encore fixée. Jeune Cinéma a accompagné Schloendorff depuis ses débuts, et il y a sept ans (n° 265) que nous ne l'avions pas rencontré. Il était temps de retracer un bilan ; c'est chose faite dans ce numéro. Un numéro qui chasse aussi peu dans les sentiers couranrs que d'habitude: Karmakar, Kobayashi, tout cela n'est pas très tendance.

Quant à King Vidor, sa redécouverte a ensoleillé un début 2007 qui en avait bien besoin, sous la menace de la matraque pas toujours théorique d'un candidat présidentiel qui nourrit nos plus mauvais rêves. Vidor, c'est du cinéma à l'ancienne, indémodable, qui nous permet de supporter tant de productions d'aujourd'hui peu enthousiasmantes (pour sélectionner la crème de la crème cannoise, il faut goûter toutes sortes de tambouilles).

Au même titre, « Il cinéma ritrovato » de Bologne (du 30 juin au 7 juillet) est un antidote qui nous assure des souvenirs jusqu'à l'automne: cette année, Asta Nielsen, Sacha Guitry, Michael Curtiz, Rafaele Matarazzo, les mélos des années 50 - que souhaiter de plus, sinon un pays moins replié sur des valeurs frileuses ? Mais ceci est une autre histoire.



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