Revue Jeune Cinéma : Printemps 2008 - Numéro 315-316


Revue Jeune Cinéma : Printemps 2008 - Numéro 315-316

Retrouvez l'édito de la revue Jeune Cinéma disponible dans les points de vente suivants : Librairie Ciné-Reflet, Librairie Flammarion du Centre Pompidou, Librairie de la Cinémathèque française, Cinéma Saint-André-des-Arts ou sur Abonnement.

Article de Lucien Logette



« Jamais plus qu'en ce moment la distance ne fut grande, en France, entre le film purement commercial et le film qui représente une recherche d'art, un effort vers la qualité. Mais en face de css tentatives pour rompre avec les formules et les conventions, il est nécessaire que cet art populaire qu'est le cinéma produise des œuvres de pure distraction. »

Non, il ne s'agit pas d'un extrait du fameux rapport sur le cinéma français chapeauté par Pascale Ferran dont toute la planète parisienne parle, avant même que le texte en soit publié. Ces quelques constatations sont signées Georges Charensol, dans Renaissance du cinéma français, et datent de 1946 (elles auraient d'ailleurs pu être écrites par Georges Altman ou Denis Marion quinze ans plus rôt). Soixante-deux ans plus tard, alors que la production annuelle a presque triplé (plus de 240 films en 2007), l'état des lieux ne débouche pas sur des perspectives bien neuves ; la crise, née avec le cinéma, est toujours là.

Faute de connaître de ce rapport autre chose que ce que les gazettes ont choisi de passer, nous réservons notre analyse : 200 pages ne se résument pas en trois paragraphes et quelques à-peu-près. Nous y reviendrons lecture faite - ou l'ami Prédal, expert es cinéma hexagonal. Le titre du rapport (sortie le 15 avril) est joliment abscons pour les non-initiés : Le milieu n'est plus un pont, c'est une faille. Reste à voir ce qu'il recouvre et préconise ; les treize professionnels qui l'ont rédigé ont bonne réputation, leurs propositions seront peut-être écoutées. Pour nous en tenir aux prémices, nous sommes d'accord avec eux lorsqu'ils constatent la « désolidarisation de la profession » (voir la manière assez honteuse qui fut celle de Chrisrophe Honoré, dans un Libération récent, pour assassiner son collègue Olivier Dahan, auteur d'une Môme trop bien accueillie), et « la baisse de la qualité des films ». On voudrait simplement être persuadé qu'il ne s'agit que d'une question de gros sous : nous avons absorbés ces trois derniers mois une centaine et demie de films français, dont l'intérêt éventuel ne tenait pas à leur richesse ou à leur pauvreté, mais à la pertinence de leur propos. Qui n'a pas forcément à voir avec un budget, car la phynance aide maïs ne remplace pas.

Pour un cinéma inventif et populaire, oui ! Pour un cinéma d'auteur à posture, non ! À suivre, évidemment. Restons français, ce printemps. Donc Dany Boon a enfoncé Gérard Oury dans le livre des records. Tant mieux, si 17 millions et quelques de spectateurs ont repris du plaisir en allant dans une salle, rien n'est perdu. On aurait aimé que, plutôt que de revoir cinq fois Bienvenue chez les Ch'tis, certains d'entre eux fassent un détour par Capitaine Achab, de Philippe Ramos, ou Le Bannissement d'Andréi Zviaguintsev - soyons réalistes, demandons l'impossible, comme on disait jadis. Un jadis jamais aussi proche : on sent, depuis l'hiver, monter le flot d'images autour du quarantenaire de mai 68, qui devraient culminer les prochaines semaines, à la date sacrée ; rarement une aussi courte période aura donné lieu à une célébration aussi tenace, situation d'autant plus étonnante que les documents filmés sur le moment ne sont pas légion — d'où l'impression de déjà-vu qui nous saisit parfois, à revoir les mêmes matraques frapper les mêmes têtes. Mais profitons-en, le cinquantenaire sera sans doute pire.

Cannes, enfin, puisque le dévoilement des diverses sélections approche ; quel sera le menu de l'année ? Roboratif et complet, comme d'habitude, côté festival officiel, inattendu (c'est là son rôle), côté Semaine de la Critique, branché moderne, côté Quinzaine des réalisateurs (on peut déjà prévoir les barrissements de plaisir avant projections d'une certaine critique captive). Notre prochain numéro double, au seuil de l'été, retracera dans le détail toutes les découvertes de la décade - on peut moquer le strass et les paillettes, il n'empêche qu'on trouve là-bas de quoi recharger nos imaginaires pendant les mois qui suivent.

Une pétition nous est parvenue, nous invitant à soutenir les Cahiers du cinéma, dont l'avenir serait sombre, Le Monde qui les publie (via les éditions de l'Etoile) cherchant à s'en débarrasser, en égard à la hauteur de la dette accumulée. La pétition évoque « leur importance pour la pluralité du débat critique » et leur « renom international ». Pour les avoir lus depuis la période jaune, souvent avec difficulté (mais la souffrance est formatrice), à travers tous leurs changements de vestes et de caps, ce n'est pas leur ouverture à la pluralité qui nous vient à l'esprit pour les qualifier, mais plutôt l'immodestie, l'arrogance et l'abus de position dominante - le scandale du programme de la Cinémathèque française « Le cinéma et la Shoah », fort justement tympanisé par Michel Ciment puis Bernard Cohn dans les deux derniers numéros de Positif, en étant la plus récente manifestation. Nous avons vu bien des revues disparaître depuis cinquante ans, qui, sans avoir leur renom, valaient les Cahiers — au choix, Cinéma. Écran, Cinématographe... -, sans que la planète cinéma cesse de tourner. Il convient de savoir adapter ses moyens à ses fins.

La presse est un art, mais c'est aussi une industrie, comme disait l'autre. Les Cahiers accepteront-ils de s'auto-éditer, de renoncer au luxe et de devenir une « revue du milieu », comme les films selon Pascale Ferran ? Pourquoi pas ? Bienvenue au club et longue vie !



P.S. Nous apprenons le décès de Vittotio Martinelli, historien italien érudit, apprécié de tous les habitués d'il cinéma ritrovato de Bologne. Il y est mort le 8 avril, âgé de 82 ans.

P.S. 2. Notons dans les projections où soufflera l'esprit de Mai, celles organisées à Nantes (au Cinématographe) les 24 et 25 mai par Vidéozarts et le Musée d'histoire : Grands soirs et petits matins, Le Gai Savoir, he, parmi d'autres, il y a là de quoi se déplacer.




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