Interview de Sophie Mirouze pour nous présenter la nouvelle édition du festival Un week-end à l’Est.

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A Paris, du 18 novembre au 1er décembre, la 9e édition du festival met cette année en avant le cinéma roumain avec comme invité d’ honneur Cristian Mungiu.

Avant d’aborder plus particulièrement la partie cinéma du festival, pouvez-vous nous présenter en quelques mots cet évènement culturel qu’est Un Week-end à l’Est

 C’est un festival parisien et pluridisciplinaire qui fêtera sa neuvième édition, du 18 novembre au 1er décembre prochains. Chaque année, un pays de l’Est est mis à l’honneur à travers une grande ville. Après Varsovie, Kyiv, Budapest, Belgrade, Sofia, Odessa, Tbsilissi et Erevan, c’est Bucarest qui sera célébrée cette année ! Lors de nombreux événements, nous souhaitons faire découvrir la culture d’un pays et ses artistes. Pendant plus de 10 jours, nous proposons des rencontres pour explorer la littérature, la musique, la danse et le cinéma. L’occasion de découvrir aussi des photographes et artistes grâce à un parcours d’arts visuels dans des galeries. Un Week-end à l’Est se déploie dans le 6e arrondissement de Paris, avec quelques lieux emblématiques comme la Librairie polonaise, le Théâtre de l’Odéon, le Christine Cinéma Club ou encore les Beaux-Arts. C’est un festival très accessible, avec beaucoup de rencontres en entrée libre, seuls quelques spectacles et le cinéma sont payants. Côté public, nous n’accueillons pas seulement la communauté du pays invité, mais aussi tous les parisiennes et parisiens. L’idée étant de créer un pont entre l’Est et l’Ouest, de croiser la culture du pays invité et la culture française. La manifestation dure bien plus qu’un week-end. Avec le succès, on est passé de trois jours pour la 1ère édition à presque quinze jours aujourd’hui pour toucher un public plus large et investir d’autres lieux.

Comment s’intègre la programmation cinéma dans ce festival ? Il y a bien entendu des projections de film, des rencontres, mais aussi des liens avec d’autres événements culturels.

Oui, il y a une volonté de transversalité et encore plus cette année avec notre parrain Cristian Mungiu. Il vient certes du cinéma mais il est pluridisciplinaire – comme le festival – dans son approche artistique. Auteur d’un roman sur sa grand-mère, Une vie roumaine édité l’an dernier, il est aussi photographe. Une exposition lui sera d’ailleurs consacrée à la galerie Paris Cinéma Club du 20 au 29 novembre. Ce sera l’un des temps forts du Week-end à l’Est avec une exposition très dense, découpée en près de vingt chapitres, pour une immersion dans la tête de Cristian Mungiu, avec plus de 200 photographies de sa collection personnelle, faites par l’artiste cinéaste. Il est très heureux d’être exposé pour la première fois, et à Paris.

Cette année, c’est la Roumanie qui est à l’honneur. En France, le cinéma roumain est surtout connu du grand public avec des réalisateurs du passé comme Lucian Pintilie (La Reconstitution, Le Chêne) et d’aujourd’hui comme Cristian Mungiu (4 mois, 3 semaines, 2 jours, RMN), mais sa production est beaucoup plus riche. Pouvez-vous nous présenter un peu plus ce cinéma ?

En neuf ans de festival, c’est la première fois que je me retrouve à faire des choix de programmation difficiles. En effet, le cinéma roumain est extrêmement riche. On y retrouve en effet les deux noms que vous avez cités, qui ont marqué l’histoire du cinéma roumain. La chute de la dictature de Ceaucescu en décembre 1989 a permis à une nouvelle génération de cinéastes d’émerger. Au début des années 2000, les cinéphiles du monde entier découvrent une nouvelle vague du cinéma roumain, incarnée notamment par un jeune cinéaste encore inconnu, Cristian Mungiu, qui obtient la Palme d’or à Cannes en 2007 avec son deuxième film 4 mois, 3 semaines, 2 jours – son premier film, inédit en France, sera présenté au Week-end à l’Est. Il y a eu aussi le succès critique et public du film de Corneliu Porumboiu, 12 h 08 à l’est de Bucarest, Caméra d’or à Cannes en 2006. D’autres cinéastes ont suivi comme Cristi Puiu ou Radu Jude – auquel le Centre Pompidou vient de consacrer une grande rétrospective au MK2 Bibliothèque.

Contes de l’âge d’or.

En tant que programmatrice, quelle a été votre ligne directrice pour la sélection des films présentés ?

 En effet, avec cette profusion de bons films roumains des deux dernières décennies, il a fallu trouver un angle pour la programmation. Quand j’ai demandé à Cristian Mungiu un conseil pour orienter mes choix, il n’a pas hésité à mettre en avant l’humour roumain. Il est au cœur de leur culture. Pendant la terrible dictature, c’était un moyen de résister et de survivre. Les cinéastes invités au Week-end à l’Est sont nés entre la fin des années 60 et des années 70. Ils ont vécu leur jeunesse sous le communisme. Dans Contes de l’âge d’or ou 12 h 08 à l’est de Bucarest, il est question de cette période – ou du retour sur cette époque – sur un ton tragi-comique. Avec les deux parties des Contes de l’âge d’or, Cristian Mungiu a souhaité rendre hommage au cinéma populaire avec deux films à sketches, qui sont vraiment du côté de la comédie, des légendes sur la dictature qui se racontent encore aujourd’hui… À l’instar des comédies italiennes des années 60-70, c’est un cinéma qui n’hésite pas à faire rire devant des situations dramatiques. Il y a un humour spécifiquement roumain, différent du nôtre. Ainsi, pour un même film, les spectateurs français ne rient pas toujours au même moment que les spectateurs roumains. La perception diffère, bien entendu, selon le vécu de chacun.

On présente aussi un très beau documentaire Toto et ses sœurs d’Alexander Nanau qui s’intéresse aux enfants de la communauté rom, et également L’Affaire collective du même cinéaste qui revient sur l’incendie qui a ravagé une boîte de nuit et ses révélations sur un système de santé mis à mal par la corruption.

 Ce qui peut motiver le public à se rendre dans un festival ce sont les rencontres, les échanges avec les auteurs, les artistes. C’est particulièrement le cas cette année !

Oui, nous avons la chance d’accueillir quatre cinéastes roumains : Corneliu Porumboiu, Anca Damian et Alexander Nanau. Et bien sûr, notre parrain, Cristian Mungiu qui s’est beaucoup investi dans le festival et sera très présent pour échanger avec le public lors des projections de ses films et de son exposition. Nous aurons de beaux moments d’échange durant cette nouvelle édition du Week-end à l’Est.

Entretien réalisé par téléphone le vendredi 31 octobre 2025, merci à Sophie Mirouze d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et à l’équipe de l’agence Valeur absolue (Audrey, Thomas, Noa) d’avoir organisé cet échange.

Pour en savoir plus sur le festival, les liens du festival et des cinémas :

Site du Festival 

Nouvel Odéon 

Christine Cinéma Club

 

Année :

Pays :


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