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Il était une fois dans l’est

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Dépaysant, sincère, Il était une fois dans l’est est une charmante balade entre documentaire et drame léger, une histoire ordinaire qui arrive dans un village ordinaire de la Russie actuelle.

Pique-nique au bord du chemin

Il était une fois dans l’est, contrairement aux accents Leonien de son titre, n’est pas un nouveau western fantaisiste. Sorti ce 11 juin 2020 en VOD, il est l’œuvre de Larisa Sadilova, qui l’a écrit, réalisé, co-produit et monté. Il nous raconte une histoire simple, un morceau de vie de deux familles habitant Trubchevsk, un petit village perdu en Russie, à cinq cents kilomètres de Moscou non loin de la frontière avec l’Ukraine. Egor est camionneur, il passe plutôt sa vie sur la route que chez lui, entre Rostov et Moscou, mais il ne quitte jamais sa maison sans un baiser de sa femme et un panier repas préparé avec amour. Peu après la sortie du village, il croise une femme qui fait de l’autostop. Elle monte dans son camion, souriante. Entre les deux, la familiarité se devine assez vite. C’est Anna, sa voisine, censée se rendre elle aussi à Moscou pour vendre les écharpes qu’elle fabrique. Les deux amants font la route ensemble, elle travaillant sur son tricot, lui conduisant son camion jusqu’à bon port. Trubchevsk est un petit village, où tout le monde se connait, et où les secrets ne survivent pas très longtemps.

 

 

Insaisissable intimité

Il était une fois dans l’est, nommé à Cannes dans la catégorie Un certain regard en 2019, se rapproche plus du documentaire que du drame classique. L’intrigue est assez bien écrite et plaisante à suivre, sans vrai temps mort, rythmée par des images bucoliques et sereines d’une campagne la vie suit paisiblement son cours sans qu’il ne se passe jamais grand-chose. Sadilova adopte un point de vue qui peut paraitre pudique, réservé, voir distant avec ses personnages, ce qui pourra repousser l’amateur de larmes et de passions déchirantes. Beaucoup de moments où l’intensité dramatique devrait marquer un pic disparaissent pour ainsi dire au montage. Mais la réalisatrice crée par ce geste une sorte d’espace intermédiaire où les sentiments peuvent exister, invisibles mais sensibles. L’espace se trouve entre les scènes, ou bien entre le spectateur et le personnage, qui se trouve au fond du cadre. Plutôt que de montrer des acteurs possédés, éclaboussant le spectateur de leurs émotions, ce sont dans des gestes simples, quotidiens, que s’exprime la profondeur émotionnelle des personnage, qui vient alors imbiber le spectateur. Un regard vers le ciel, un mot gentil deviennent révélateurs des énergies en mouvement dans le sein inaccessible des protagonistes. Entre quelques regards et quelques sourires, l’amour tranquille des deux voisins prend vie. Le découpage reste assez invisible, et la mise en scène discrète, à part dans quelques passages, qui n’en sont alors que plus émouvants. Le résultat est celui d’un dame subtil, simple et touchant, sincère et léger.

 

 

Point de vue documentaire

On sent une volonté de la part de la réalisatrice de dévoiler sans atour une atmosphère et une région qu’elle affectionne. L’oblast de Briansk où se trouve le village de Trubchevsk a été marqué par l’histoire mouvementé de la Russie, envahie par les allemands pendant la seconde guerre mondiale avant d’être libérée par les soviétiques. On sent également l’empreinte discrète de la religion catholique orthodoxe, par la présence de ces églises à dômes dans le paysage, ou les discrètes icônes disposées dans le décor. La distance avec les personnages participe aussi à respecter leur contexte social, ne pas les détacher et les singulariser pour en faire des stars intemporelle et protéiforme. La présence d’acteur non professionnels qui sont presque pris à témoins, comme la babouchka qui raconte l’histoire de sa maison, donne par moments au film une saveur presque anthropologique. Suivant le trajet d’Egor, le spectateur découvre un peu de ces paysages tranquilles de la Russie, loin des clichés historiques. La caméra devient par moment plus lâche, et s’attarde sur des passant, des jeunes, des personnes ordinaires qui se contentent d’exister, pour en capturer un peu de la vie et de la spontanéité.

Les allers-retours en camion d’Egor et Anna sont des métaphores de l’immobilité de la vie dans ces régions où les traditions sont encore très ancrées dans les mœurs. Son commentaire sur la Russie est aussi un constat humain, la difficulté de changer et de bouleverser des habitudes et des liens aussi solides que ceux de la famille. Il était une fois dans l’est est une proposition de voyage, à la découverte de nouvelles âmes, dans un contexte différent, mais très humain. Si ce film vous intéresse, vous pouvez explorer davantage la filmographie de la réalisatrice en regardant Happy Birthday (1998), un film sur la maternité dédié à son fils Vladimir. In the mood for love (2000) peut également être une proposition intéressante, restant dans le thème d’une infidélité et d’une timidité des sentiments, exprimée par peu de gestes et de paroles.

Titre original : Odnazhdy v Trubchevske

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Durée : 90 mn


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