Festival international de cinéma de Vilnius, la Baltique à l’honneur


Festival international de cinéma de Vilnius, la Baltique à l’honneur

Retour sur le Festival de cinéma de Vilnius, qui s'est déroulé du 15 au 29 mars, sous le signe de l'animal.

Article de Jean-Max Méjean



L’histoire d’un grand festival septentrional

Créé en 1995, le festival de cinéma de Vilnius en Lituanie, appelé aussi « Kino pavasaris », ou « Printemps du cinéma », est devenu très important dans le petit monde de la cinéphilie, mais aussi de l’industrie du cinéma. Pour la petite histoire, sa directrice Vida Ramaškienė, fut directrice d’un cinéma de style années 50 condamné à la fermeture et à la destruction lorsqu’il a été acheté par des promoteurs à la fin des années 90 alors qu’il proposait toute une série d’animations et de programmation de qualité, très appréciées des habitants.

Ce cinéma s’appelait Lietuva et on est toujours triste quand un cinéma ferme et est détruit. Paris en sait quelque chose parce que la ville a été traumatisée par la destruction dans les années 70 du Gaumont Palace près de la place de Clichy. Même à Vilnius, certaines personnes s’en souviennent encore et m’ont conseillé de faire attention au Grand Rex. Heureusement, à l’automne, à la place du Lietuva à Vilnius s’élèvera le magnifique musée d’art moderne dont on a pu voir la maquette et même visiter le chantier. Et la charmante madame Vida Ramaškienė reste directrice de ce prestigieux festival, comme s’il y avait une justice. Cette année, le festival a proposé une cuvée particulièrement intéressante avec 112 longs métrages et 56 courts métrages, avec 12 premières projections du cinéma lituanien. Comme toujours, le festival a mis à jour des débutants prometteurs et le travail des maîtres du cinéma à travers 5 catégories : « Discoveries », « Festivals’ Favourites », « Masters », « Critics’ Choice » et « Competition of European Debuts ». Chaque année, le festival propose également deux rétrospectives de films particulièrement significatifs de l’histoire mondiale du cinéma. Cette année, c’est Jean Vigo, à travers la rétrospective « Viva Vigo » pour honorer le génie de ce pionnier français du réalisme poétique en présentant ses quatre films restaurés. La deuxième rétrospective s’appellait « 20th Century Kids » et rendit hommage au cinéma classique lituanien.

Une occasion de découvrir un pays, une ville, des gens très accueillants, et une culture différente et riche, à travers films anciens et hommages. Deux films lituaniens récents furent mis en valeur lors de cette dernière promotion : The Ancient Woods, film documentaire de Mindaugas Survila, et Breathing into Marble de Giedrė Beinoriūtė.
 

Breathing into marble

Sans aller jusqu’à l’antispécisme, le cinéma aime les animaux


Si le cinéma continue d’être le reflet de la société, il est donc naturel que la défense des animaux qui habite maintenant la pensée sociale apparaisse dans de nombreux films. Du coup, la sélection « Festivals’ Favorites », auquel les trois membres du jury de la Fipresci participaient afin de remettre leur prix, n’échappe pas à la règle. Sur les 12 films qui composaient leur sélection, 10 d’entre eux accordaient une place plus ou moins grande aux animaux et ce n’est pas pour déplaire, non seulement à leurs défenseurs, mais aussi à tous les humanistes qui aimeraient que l’animal, souvent exploité et avili, même et y compris parmi les animaux domestiques, soit respecté et même libéré de tous nos carcans. Ainsi donc, environ 85 % des films présentés dans cette compétition ont pris au sérieux la cause animale ou, en tout cas, ont donné une légitimité à l’animal qu’il soit ou non de compagnie. Les deux seuls films où n’apparaît aucun animal : d’abord, celui de Robert Schwentke, Der Hauptman (The captain), récompensé du prix de la Fipresci. Mais il traite de la Deuxième Guerre mondiale, au moment de la chute du nazisme, alors qu’un jeune déserteur qui a trouvé par hasard un costume de soldat nazi devient pire qu’eux dans la violence. Aucun chien policier dans le champ, mais il faut dire qu’ici l’homme se comporte comme un loup féroce, ce qui évite tout soutien d’un animal dressé pour devenir féroce. Le deuxième film est celui de Mika Gustafson, Olivia Kastbring et Cristina Tsiobanelis, Silvana, qui raconte la vie et l’art d’une jeune chanteuse de rap, devenue icône des lesbiennes suédoises. Il faut dire qu’elle est une véritable bête de scène !

Pour ce qui est des autres films, l’animal y est présent d’abord pour sa compagnie sans plus, mais son image a évolué depuis le cinéma des origines, et celui de la grande époque. Il apparaît dans le champ mais son image est plus que symbolique, pour devenir carrément inconnue. Ainsi, le couple de plasticiens polonais mis en scène dans le film de Łukasz Ronduda, A heart of love, la présence d’un bouledogue français est plus qu’esthétique, il représente l’enfant que le couple n’a pas, trop occupé d’art et de provocation. Le chien devient ici un repère d’humanité. De son côté, comme un gentleman, Sergei Dovlatov dans le biopic qu’Aleksey German Jr. lui a consacré, sous le titre éponyme, promène son fox-terrier dans les rues de Léningrad, comme signe extérieur d’extravagance et de dissidence. Dans Mug, Jacek, le personnage principal, amateur de musique démoniaque, se promène souvent avec son beau chien de chasse, type épagneul, nommé Gipsy. Et lorsque les paysans tuent un cochon, c’est fort heureusement hors champ, même si après on verra le chien jouer avec sa tête cramoisie. Malheureusement, la réalisatrice Malgorzata Szumowska, et son coscénariste, Michał Englert ont oublié Gipsy dans le scénario lorsque Jacek revient défiguré à la maison familiale après son accident.
 


Under the tree

Le chien devient parfois, hélas bien sûr à son corps défendant, objet de transfert ou de vengeance. Pour cela, on pense au terrible moment du film, Under the tree, de Hafsteinn Gunnar Sigurđsson, où la mère, pour se venger du voisin qui les persécute et veut faire couper leur bel arbre, fait euthanasier son chien, puis naturaliser, et le place enfin devant sa porte. C’est la disparition du chien qui, dans un autre film, apporte une tension supplémentaire à la tension qui existe dans cette famille où un secret est bien gardé et concerne une petite fille dans une maison isolée de la campagne polonaise. En effet, dans Tower. A bright day de Jagoda Szelc, le chien avec sa naïveté et sa joie de vivre apporte un contraste saisissant avec le comportement pervers des humains. Dans le magnifique film de Simon Lereng Wilmont, The Distant Barking of Dogs, le chien entre même dans le titre. On l’entend aboyer au loin, mais pas seulement. Dans cette Ukraine qui connaît une guerre lancinante, il devient l’emblème de la résistance à la peur puisque c’est la grand-mère qui le montre en exemple, en citant ce proverbe ukrainien : dans la maison, le chien est un lion. L’animal prend en effet une grande place dans le cinéma. Pour le moment, il s’agissait principalement des chiens, mais on y trouve aussi parfois des chats. Notamment ce chat qui, dans What Will People Say de Iram Haq, veut désespérément se faire caresser dans l’univers terrible du Pakistan radicalisé par la religion. Nisha, jeune fille libre de Norvège que ses parents ont placée chez une tante pour qu’elle rentre dans le rang, refuse la caresse du chat, le repousse et cette rencontre qui ne se fait pas représente la dureté du monde religieux. En revanche, dans Anna’s War d’Aleksey Fedorchenko, l’animal représente à la fois la possibilité de nourriture pour cette enfant juive qu’on a cachée dans une sorte de grenier pour qu’elle échappe aux nazis, mais aussi la tendresse avec le chat roux qui lui rend visite, ou la peau du chien empaillé qu’elle arrache pour s’en faire un manteau.

Quant à l’animal sauvage, sa présence s’impose aussi parfois, et s’imposera de plus en plus. Par exemple, dans Breathing into Marble de Giedrė Beinoriūtė, on peut faire facilement le parallèle entre le renard en cage qu’on n’apprivoisera jamais, contrairement à ce que croyait Antoine de Saint-Exupéry dans Le petit prince, et cet enfant indomptable que la famille a adopté et qui reviendra en assassin. Quant au fascinant film muet de Mindaugas Survila, The Ancient Woods, c’est là une véritable ode à la nature que le festival nous a offerte en clôture de festival. En effet, comment mieux célébrer cette sorte de panthéisme qui ne dit pas son nom pour les adorateurs des animaux sauvages ? On les voit ici filmés de très près, dans des attitudes et des situations semblables souvent à celles des humains. D’ailleurs, le réalisateur a pensé à placer un être humain à deux reprises, sans doute pour nous faire ravaler notre orgueil et nous rappeler que finalement nous aussi sommes des animaux.

And the winners are…


Et pour mémoire en effet, voici le palmarès du festival de Vilnius, cuvée 2018 : Le jury international composé de Homayoun Ershadi (Iran), Audrius Stonys (Lituanie), Dagnė Vildžiūnaitė (Lituanie), Elad Samorzik (Israel) et Kathleen McInnis (USA) a décerné les prix suivants pour la catégorie « Competition of European Debuts » :

Meilleure actrice à Darya Zhoyner pour Tesnota de Kantemir Balagov.

Meilleur acteur à Elliott Crosset Hove pour Winter Brothers de Hlynur Pálmason.

Meilleur réalisateur à Bertrand Mandico pour Les garçons sauvages.

Le jury des courts métrages compose d’Ali Asgari (Iran), Radu Potcoava (Roumanie) et Enrico Vannucci (Italie), a décerné les prix suivants :

Mention spéciale à Les petites mains de Rémi Allier.

Meilleur court métrage à By The Pool de Laurynas Bareiša.

Le jury du Meilleur film étudiant composé de Gediminas Kukta (Lituanie), Gabija Siurbytė (Lituanie) et Ana Urushadze (Géorgie) a attribué les prix suivants :

Mention spéciale à Vytis de Jevgenij Tichonov.

Prix du réalisateur le plus prometteur à Titas Laucius pour Snake.

Prix du meilleur film étudiant à Mono No Aware d’Emilija Juzeliūnaitė.

Prix du Public : Loving Vincent de Dorota Kobiel et Hugh Welchman.

Prix du public pour le meilleur film lituanien : 100 Years Together d’Edita Kabaraitė.

Prix du public pour le meilleur court métrage : Mother de Rodrigo Sorogoyen.

Prix de la Fipresci décerné par un jury composé de Salvatore Marfella, Jean-Max Méjean et Boris Nelepo attribué à The Captain de Robert Schwentke.



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