Festival de Cannes 2017 : le Palmarès, The Square Palme d’Or


Festival de Cannes 2017 : le Palmarès, The Square Palme d’Or

Pour ses 70 ans, le festival de Cannes a récompensé un réalisateur suédois, Ruben Östlund, pour son film "The Square". On notera aussi le Grand Prix attribué à un film français, "120 battements par minute" de Robin Campillo, largement mérité.

Article de Stéphanie Chermont et Jean-Michel Pignol



Pas d’unanimité cette année

Pour cette édition 2017, les films en Compétition officielle n’ont pas fait l’unanimité auprès des festivaliers. Programmation osée, poussée, pointue, aucun film ne s’est vraiment démarqué avec une évidente Palme d’Or, d’où la surprise générale pour le film récompensé, The Square du réalisateur Ruben Östlund. Après Snow Therapy en janvier 2015 qui nous avait marqué, Ruben Östlund - dont le film n’est pas encore programmé en salles en France - mêle histoire de famille, art contemporain, téléphone portable et crise existentielle. Le casting, très intéressant et sériephile, Dominic West (connu dans la série The Affair, entre autres) et Elisabeth Moss (que l’on retrouve dans la série Top of the Lake, de Jane Campion, saison 2), a certainement joué dans l’attribution de cette Palme d’Or originale et surprenante.

C’est du côté du Grand Prix du Jury, la deuxième plus importante récompense du Festival, que nos espoirs se sont retrouvés. C’est le film 120 battements par minute du français Robin Campillo, sur le combat des militants de Act-up au début des années 1990 contre l’indifférence générale envers les malades du sida, qui a obtenu ce prix. Coscénariste du film de Laurent Cantet, L'Atelier, très émouvant pour sa remise de prix, Robin Campillo a créé la sensation à Cannes avec ce scénario original, malgré quelques longueurs, et l’émotion provoquée par le jeu de ses acteurs, à commencer par l’acteur principal argentin, Nahuel Perez Biscayart.

 


Diane Kruger et Joaquim Phoenix

Le jury, rappelons-le composé de Pedro Almodovar président, Agnès Jaoui, Jessica Chastain, Will Smith, Maren Ade, Fan Bingbing, Park Chan-wook, Paolo Sorrentino et Gabriel Yared, a attribué le prix d’interprétation féminine à Diane Kruger pour son rôle dans In the Fade de Fatih Akin et le prix d’interprétation masculine à Joaquin Phoenix dans You were never really here de la fabuleuse Lynne Ramsay – qui a obtenu ex-aequo le Prix du scénario pour son film, avec Mise à mort du Cerf Sacré de Yorgos Lanthimos. Un prix spécial du 70ème anniversaire a été donné à l’actrice Nicole Kidman, présente dans 3 films cette année et dans la série Top of the Lake – c’était bien elle la véritable reine de ce festival. Là encore, malgré des prix mérités, on fera état d’aucun prix pour le très bon acteur Colin Farrell, qui a ce rôle palpitant dans Les Proies de Sofia Coppola (Prix de la mise en scène). Le Prix du jury a été attribué à Loveless – Faute d’Amour de réalisateur russe Andreï Zviaguintsev. Aucune récompense pour Okja de Bong Joon-ho et l’histoire de ce monstre attachant, ni pour Le Redoutable de Michel Hazanavicius et Louis Garrel en Jean-Luc Godard, ni le François Ozon et sa psychanalyse dénudée... Des oubliés ? C’est aussi ça, Cannes, des gagnants et des perdants !

La Caméra d’Or – premier film, revient à la très douée jeune réalisatrice Leonor Serraille pour son film Jeune Fille, sur une trentenaire (Laetitia Dosch) qui cherche un nouveau départ à Paris. Pour Un Certain Regard, c’est Un homme intègre qui reçoit la récompense, du réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, l’histoire poignante et la dénonciation par le cinéma de la corruption qui frappe son pays. La Semaine de la Critique a remis son prix à Makala, le documentaire du Français Emmanuel Gras sur le périple d’un travailleur congolais jusqu’à sa capitale, l’épopée d’une vie. Pour la Quinzaine des Réalisateurs, ce sont deux ex-æquo – apparemment, cela a été difficile de choisir- qui ont gagné ce prix, Un beau soleil intérieur de Claire Denis et L’amant d’un jour de Philippe Garrel, deux grands noms du cinéma français. On notera la très bonne programmation de l’ACID cette année à Cannes, avec des films qui marqueront forcément l’actualité du 7ème Art dans les mois à venir.

Stéphanie Chermont




Des citoyens Debout à l'ACID

Dans une programmation éminemment citoyenne, voici un documentaire sociopolitique intelligent et enlevé. Fin mars 2016, d’abord engagée à titre personnel dans le mouvement Nuit Debout, la réalisatrice Mariana Otero ne résiste pas à l’envie de se saisir de sa caméra pour nous plonger au cœur de l’agora. Ce qui frappe le plus dans ce vivifiant témoignage qu'est L'Assemblée - film aux qualités par ailleurs nombreuses -, c'est le recul, la distance dont fait preuve la cinéaste - son objectivité. L’hommage à l’engagement se double d’un regard riche et critique. Si le film se veut porteur d’un nouveau projet politique, Mariana Otero ne cesse de souligner les questionnements et les contradictions de l'utopie en marche. Jamais sentencieux, toujours ouvert à notre point de vue, L’Assemblée constitue manifestement une œuvre démocratique. En correspondance directe avec notre actualité. D'ici janvier 2018, date de sa sortie en salles, nul doute que d'autres mouvements citoyens émergeront dans notre pays.


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