Festival de Cannes 2017, jour 4 : Act up, Kristen Stewart et une vérité qui dérange


Festival de Cannes 2017, jour 4 : Act up, Kristen Stewart et une vérité qui dérange

En Compétition, "120 battements par minute" a chamboulé la Croisette. Retour sur terre pour l’ACID, dans les favelas italiens à La Quinzaine.

Article de Stéphanie Chermont et Jean-Michel Pignol



120 battements par minute

Ce matin en projection de 8:30, nous avons découvert le film très attendu du réalisateur français Robin Campillo, en Compétition, 120 battements par minute. L'histoire d'un groupe d'activistes de Act Up, au début des années 90, faisant face au Sida par des moyens d'actions sans violence mais spectaculaires. À première vue, le sujet est pertinent et bien abordé, on se pose de longues minutes en assemblée générale avec tous ces militants qui se respectent, qui se battent pour défendre leurs idées et surtout, sortir du tabou sur le sida. On retrouve Adèle Haenel en leader, un rôle qui lui correspond bien. Mais toute l'histoire repose sur Sean, un personnage doux et attachant, grande gueule aussi.

Même si le film est émouvant, fort et riche en thèmes universels comme l'amour, le sexe et la mort, le réalisateur s'est laissé entraîner dans sa démonstration avec des plans tout en longueur. Les scènes de sexes - tout y passe, pénétration, sodomie, fellation - sont elles aussi belles mais trop étirées, faisant perdre le rythme du film. Dès lors, l'attention repose entièrement sur les acteurs, terriblement bien choisis, et que l'on scrute aux moindres faits et gestes - avec une lenteur distanciée. Homosexuels, Sida en prison, prostituées, tout le monde est mis dans le même sac. Un long-métrage que l'on crie comme étant déjà la Palme d'or... Avec peut-être 25 minutes de film en moins, oui ! Pour résumé, on peut dire que c'est une Vie d'Adèle dans le milieu d'Act Up.
 



Kristen Stewart et son court métrage Come Swim


L'actrice américaine est venue présenter à la foule son film de 18 minutes au très exigeant public cannois. Créé autour de l'eau, ce court métrage semble très personnel, mélangeant imaginaire noir et fantaisies folles. La jeune actrice a, d'après ce que l'on a vu, le talent de mettre son imagination au service d'une idée, en la tenant jusqu'au bout, même si elle peut déconcerter le spectateur. Là, c'est l'histoire d'un homme qui passe par plusieurs étapes mais revient toujours à la même chose, son besoin ou son extrême peur de l'eau. Serait-ce dû à son passé ? On se questionne en continu jusqu'à la fin du court métrage. Un objet bizarre, beau et poétique, voilà comment se définirerait ce Come Swim.

Stéphanie Chermont

Une France qui se meurt


N’en déplaise à certains, la mondialisation heureuse ne concerne pas l’ensemble de nos concitoyens, bien au contraire. En témoigne notamment l’agriculture, qui ne cesse de comptabiliser ses victimes, broyées par le libéralisme économique. Dans Sans Adieu, Christophe Agou dresse le portrait de Colette, une paysanne qui n’entend pas baisser les bras. Un documentaire sans l’ombre d’un artifice, éclairé parfois à la simple lumière naturelle, révélant au grand jour le désolant dénuement de ces survivants. Fermes abandonnées et insalubres, corps courbés, visages ravinés : les portraits saisis par le réalisateur, photographe de profession, sont bruts voire brutaux. Nul doute que certains spectateurs, embarrassés, préfèreront baisser les yeux face à un tel témoignage. La vérité s' impose pourtant.
 



A Ciambra
: Tout ce bruit pour rien

Pio, 14 ans, qui a toujours eu comme modèle son frère Cosimo, va devoir s’occuper seul de sa famille le jour où ce dernier est emprisonné. Nous voilà embarqués pour un interminable récit initiatique, tout de bruit et de fureur, soumis au long supplice orchestré par Jonas Carpignano. La torture est en premier lieu sonore : aux vociférations succèdent les insultes et longues plages de musique survitaminée. Le regard se trouve quant à lui affecté par la caméra spasmodique et la surexploitation des gros plans, ceci pendant plus d’une heure. La dernière partie se veut plus apaisée, pour surligner l’humanité de ces marginaux malhonnêtes. Vain et démonstratif à mes yeux, mais visiblement pas à celui d’une salle qui semble être tombée sous le charme de la famille Amato présente dans la salle. A vous de juger.

Jean-Michel Pignol

 



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