Première édition de la version française du Sexy Film Festival du 24 au 27 juin. L'occasion de découvrir des œuvres du monde entier, d'explorer les méandres de nos désirs et de notre rapport à l'intime.
Article de Kamel Bouknadel
Du 24 au 27 juin au Cinéma Grand Action, s'est tenu le Sexy International Paris Film Festival (SIPFF), version française du festival du film érotique d’Australie. L’objectif, dès les débuts, a été de découvrir et diffuser « les meilleurs films indépendants (…) qui explorent les thèmes dits "sexy" : la sexualité, l’amour, la romance, la séduction, les rapports humains et l’érotisme. »
Exit donc le militantisme du Festival Gay et Lesbien, l’ostentation du Porn Film Fest qui s’est tenu quelques jours avant. Le SIPFF cherche d’abord à explorer notre rapport à l’intime, nos différentes manières d’exprimer et de vivre notre désir. Comment évoquer, montrer le sexe à l’écran selon que l’on est un homme ou une femme ? jeune ou plus expérimenté ?
À travers une compétition de courts-métrages internationaux et de soirées thématiques, le SIPFF nous offre un très intéressant portrait, bien qu’inégal, des films explorant le monde de l’érotisme.
En tête de liste de ce tour du monde, le Japon, patrie des fameux « pinku-eiga », ces romans roses filmésnés dans les années 60. Le Festival tenait à fêter le cinquantième anniversaire du film érotique nippon, nous faisant ainsi découvrir le visage contemporain d’un genre culte à travers deux bijoux de la sexualité déviante. Les Larmes d’une vache trace le portrait de Noriko, jeune veuve qui, prise de pitié pour son beau-père, va remplacer sa vache préférée qu’il croit morte. Se met en place un curieux rituel où la jeune fille se laisse traire chaque matin. Dans Blind Love, une jeune aveugle s’éprend de la voix d’un ventriloque sans talent. Deux œuvres d’une poésie perverse signées par le réalisateur de Scorpion’s Revenge.
« Que veulent-elles ? » se demandait Sigmund Freud « après trente années à étudier la psychologie féminine ». C’est cette grande énigme que tente d’aborder la soirée Sexu-Elles, une sélection de courts métrages francophones orchestrée par Pippa Rimmer. La jeune Britannique part d’un constat simple : la différence de traitement des scènes selon le sexe de la personne derrière la caméra. Elle nous propose dès lors une série de films, certes inégaux, mais participant tous d’une approche originale. Comment une femme désire-t-elle ? Que signifie le désir pour elle ? Et surtout comment une réalisatrice filme-t-elle le sexe ? DRU de Jihane Chouaib, « une lutte à terre et corps-à-corps » est une œuvre fascinante et audacieuse. Elle présente un couple constamment enlacé dans une ronde sensuelle où il devient difficile de distinguer la femme de l’homme.
Malgré toutes leurs différences, tous ces courts métrages ont pour point commun de se focaliser sur l’excitation, l’incertitude et le questionnement post-coïtal, en d’autres termes l’avant et l’après de l’acte sexuel. Sans aucune scène explicite, ces œuvres féminines partagent une grande pudeur tout en restant hautement sensuelles et érotiques. Cette diversité se retrouve également dans la compétition, composée de deux groupes – courts internationaux et francophones – à savoir une trentaine de films répartis sur quatre séances. Cette programmation, dont le mélange des genres peut passer pour fouillis et anarchique, regroupe des comédies et de l’érotique expérimental, de l’animation et du documentaire. Œuvre importante de cette compétition, oubliée au palmarès : De Plaisir de Catherine Abecassis ou comment retrouver le désir après la perte d’un enfant. Le sujet peut paraître rebattu - les questions de couple chez les trentenaires -, mais une vraie science du montage, un cadrage à fleur de peau et la prestation impeccable de Benjamin Biolay, amant de Julie Gayet dans le film.
La durée très ramassée du festival laisse un peu le cinéphile sur sa faim. Cette envie d’aller plus loin ne peut qu’être un compliment pour un festival nouveau-né, qui a encore de beaux jours devant lui, surtout avec un sujet aussi inépuisable.