Mecal 2009 : le court innove à Barcelone

Mecal 2009 : le court innove à Barcelone

A l’heure où le ministre de la culture du gouvernement autonome de Catalogne voudrait que tous les films étrangers soient doublés en catalan, l’ambiance barcelonaise était plutôt à la diversification des genres cinématographiques… et des langues.


Article de Jean-Baptiste Viaud


Car à Barcelone vient tout juste de se clore la onzième édition du Mecal, le désormais célèbre festival international et annuel de courts-métrages de la ville. Et comme 2009 rime avec neuf, le Mecal en a profité pour asseoir sa réputation d’événement innovant et toujours à l’affut de nouvelles tendances, en proposant des programmes pour le moins novateurs. Suivez le guide !

Débutée sous la pluie et clôturée sous un soleil radieux, comme synonyme de son éclatante vitalité, l’édition nouvelle du Mecal a une fois de plus fait la part belle au cinéma court, entre projections officielles, happenings artistiques et sections parallèles.
18 sections présentées dans 8 espaces de diffusion, 46 programmes de courts-métrages, 31 pays représentés, 58 heures de programmation : le petit frère catalan du festival de Clermont-Ferrand n’a pas à rougir de la comparaison avec son homologue français. Et après avoir célébré l’an passé ses dix années d’existence, le Mecal poursuit sa croissance en étant pour la deuxième fois consécutive le festival espagnol ayant reçu le plus grand nombre de courts-métrages.

Soit environ 3000 au total, tous différents, pour beaucoup dignes d’intérêt, dont sont tirées les trois sections de la compétition officielles : Internationale, qui regroupe les films d’animation et de fiction concourant pour le prix principal ; Obliqua, qui donne à voir les œuvres les plus originales aussi bien d’un point de vue formel que narratif ; et Documental, dans laquelle le documentaire est bien évidemment à l’honneur. Trois sections qui représentent plus de la moitié de la programmation, avec 19 programmes au total, pour environ 24 heures de projection.

Du côté des sections parallèles, les festivaliers auront eu l’embarras du choix, entre clips vidéo (dont un programme dédié à Radiohead), un spécial Croatie, la section « Ok Computer », compilation des meilleurs motion graphics du moment, ou encore « Interculturalidad », qui s’intéresse aux films traitant des flux migratoires. Les fans de cinéma fantastique ont pu assister à une projection très midnight movies d’une sélection de courts autour des zombies, tandis que les écolos se sont retrouvés dans la section « Green » consacrée aux enjeux environnementaux. Agnès Varda, après avoir été césarisée en février pour ses Plages, présentait à l’Institut français une rétrospective de ses courts documentaires, forcément passionnants, et la Pologne était le pays invité du Mecal 2009, donnant l’occasion de (re)voir des courts-métrages de ses chefs de file, tels Polanski, Kieslowski, Skolimowski ou Andrzej Wajda (qui sort en France son dernier opus, Katyn).


Un concert de Kid Loco en marge du festival et une conférence sur « Comment être une femme réalisatrice sans mourir en essayant » plus tard, force est de constater que le Mecal n’a pas peur des nouveaux concepts. Jugez un peu : un montage de film en direct à partir de trois heures d’enregistrement par le réalisateur Bruno Vianna ouvrait les festivités, et la bien-nommée section « Radical WC » proposait vendredi 3 avril aux spectateurs d’assister à une projection de courts dans un lieu inédit : les toilettes publiques. Au programme, trois films ayant pour thème l’habitacle peu plaisant et pourtant essentiel de tout un chacun. Et comme les WC barcelonais n’avaient pas pu être fermés aux personnes extérieures au festival, s’y croisaient spectateurs avertis et badauds désœuvrés d’y trouver un grand écran au-dessus des lavabos ! Belle manière de démythifier les espaces de projection… Pour la prochaine édition, les bruits de couloir vont dans le sens d’une section Lavomatic. A suivre.
Autre innovation de taille : la formation d’un jury jeune, constitué de Diogo Pereira, Olivia Batista et Francesco Bordonau, permettant d’offrir un autre regard sur la production cinématographique mondiale, qui a décidé d’attribuer son prix au très beau « Tony Zoreil » de Valentin Potie (un de nos coups de cœur), l’histoire d’un jeune homme souffrant de la taille démesurée de ses oreilles.

Mais parlons enfin de Mecal On Board, toute dernière nouveauté du festival qui, par le biais d’un partenariat avec la compagnie aérienne espagnole Vueling, amenait le court-métrage… dans les airs ! Du 6 mars au 6 avril, les passagers des vols Vueling pouvaient visionner un total de treize court-métrages répartis en deux séries, et voter en ligne pour leur film préféré. A la clé : un an de vols gratuits pour le réalisateur nommé le plus de fois, et un vol gratuit ainsi que des entrées au festival pour les dix argumentaires de votes les plus originaux. Une bonne alternative à la médiocrité des programmes habituellement diffusés dans les avions, et l’opportunité, comme le souligne le directeur du festival, Roberto Barrueco, de sensibiliser un public peu coutumier du court-métrage à cette frange encore trop marginalisée du cinéma.

Cinéma d’ici et d’ailleurs, séances spéciales destinées aux enfants, nouveaux espaces de projections : inutile de dire que le Mecal est un festival bien de son temps, engagé parfois, diversifié toujours, et qui ne manque jamais d’innover. Et puis Barcelone, ce n’est pas si loin. En 2010, entre Clermont et Cannes, pourquoi ne pas y faire un tour ?

Palmarès :

Prix du Meilleur Court-Métrage International (1500 euros) : « Cairn », de Hanne Larsen (Norvège)

Prix du Meilleur Court-Métrage section Obliqua (1000 euros) : « Chainsaw », de Dennis Tupicoff (Australie)

Mention spéciale section Obliqua : « Next floor », de Denis Villeneuve (Canada)

Prix Technicolor du Meilleur Court-Métrage Espagnol (développement de 1000 mètres de pellicule) : « Mama », de Andres Muschietti

Prix Fuji de la Meilleure Photographie dans une production espagnole (1000 mètres de pellicule Fuji) : « Porque hay cosas que nunca se olvidan », de Lucas Figueroa

Prix du Jury Jeunes : « Tony Zoreil », de Valentin Potie (France)

Mention spéciale du Jury Jeunes : « Danse macabre », de Pedro Pires (Canada)

Prix du Documentaire : « Zietek », de Bartosz Blaschke (Pologne)