De
The Tune à
L’Impitoyable Lune de Miel !, en passant par
Les Mutants de l’Espace et
Des Idiots et des Anges, sans oublier ses courts-métrages, l’exposition présente croquis, dessins, cellulos, story-board et vidéos, réaffirmant la base de tout le métier de Bill Plympton : la pratique du dessin, véritable thérapie selon lui. Elle permet donc d’apprécier un peu plus nettement la pâte de Plympton.
Le style de Bill Plympton lui est très personnel. Il repose sur une simplification radicale du graphisme dont les traits aux crayons de couleurs sont assez rudimentaires. Et l’on peut constater que les carnets de croquis présentés ici ne s’éloignent pas tant de la version animée, qui conserve à l’écran les nombreux repentirs. Ses dessins sont le fruit d’un geste vif, posé sur du papier granuleux ou de vulgaires feuilles de brouillon, par une impressionnante main qui crée des figures en un tournemain. Une vidéo montre d’ailleurs le maître à l’œuvre, accoudé à sa table de travail et filmé en plongée au-dessus de l’épaule. Matt Groening a sans doute raison de dire que « Bill Plympton is god ! ». Les personnages qui peuplent ses dessins forment une galerie presque monstrueuse, difforme. Les visages sont angulaires, voire hypertrophiés. Il en offre des visions souvent hallucinées, surréalistes comme lorsqu’un personnage expulse de son visage tous ses organes ou qu’une deuxième tête pousse de l’entre jambe du personnage des
Idiots et des anges.
En comparaison de
L’Impitoyable Lune de Miel ! ou des
Mutants de l’Espace, les dessins de
Des Idiots et des Anges qui sont ici à l’honneur, possèdent très peu d’aplats de couleurs et les valeurs ne sont rajoutées que pour accentuer l’expression des personnages. Les nombreuses hachures et le jeu des contrastes les rapprochent des gravures de Goya (que ce soit
Les Caprices,
Les Désastres ou
Les Disparates), dont Plympton se serait inspiré. L’accumulation de traits donne de la texture aux choses, du relief (1). Il en résulte des dessins vibrants, un savoureux mélange entre le cartoon de Tex Avery et la noirceur des films noirs américains des années 50.
(1) « Je ne vois que des plans qui avancent et des plans qui reculent, des reliefs et des enfoncements… ». Citation de Goya in Aux quatre vents de l’estampe de Jean Eugène Bersier, Ed. Berger-Levrault, Nacy, 1971, p. 157.