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Exposition Andy Wharol – Maison Rouge

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Dans l’effervescence des expositions photos de ce mois, Andy Wahrol, , ce « filmeur » des années Pop Art, est à l’honneur à La Maison Rouge.

Ne vous fiez pas à son nom, du 18 février au 3 mai, la Maison Rouge a décidé de revêtir les couleurs bariolées de la schizophrénie télégénique du maître du Pop Art, Andy Warhol. Très tôt, l’artiste new-yorkais avait compris la puissance communicationnelle de ce média de masse. Après des balbutiements, des broutilles sur lesquelles il se fera la main, comme ces soaps opéras à destination des ménagères américaines, qu’il triture, détourne, réinterprète, il s’entoure d’une équipe déjantée, summum de la hype, figures de la nuit, de la fête et de toutes ses ivresses. La recette du succès n’est pas très compliquée : un culte de sa personne, des artistes connus et des sujets populaires. Progressivement, Andy Warhol le timide impose à l’écran ses yeux de chatte ahurie, sa crinière peroxydée, son air détaché et ce je-ne-sais-quoi de moqueur qui s’accroche à ses expressions.

L’artiste se permet le luxe de figer sur la pellicule Marcel Duchamp dans un long plan séquence trouble et muet, où chaque geste (boire un verre, cligner des yeux) se leste d’une atmosphère obscure. L’initiateur des ready-made dira au sujet de son homologue artiste :

« J’aime bien l’esprit de Warhol. Ce n’est pas un peintre ou un cinéaste. C’est un filmeur ».

Car comme Duchamp, Warhol interroge la fonction de la petite lucarne, se raille des diktats éditoriaux et finalement se moque gentiment de tout son monde en relevant par ses émissions ou ses fausses réclames l’absurdité intrinsèque à tout objet communicatif.

C’est le temps de cette jeunesse libérée et de ces artistes émancipés qui se retrouvent à la Factory, des sérigraphies qui font le succès et la reconnaissance de Warhol, le temps de l’innocence factice et du bousculement des conventions historiques. Dans le Saturday Night Live, événement cathodique américain, un Andy Warhol hypra-maquillé, presqu’embaumé, parle de la mort jusqu’à ce que son image se brouille en se pixellisant : « Je ne crois pas à la mort. La mort, ça a un prix, chérie ». Recul, autodérision, télévision « d’happy few », le cocktail détonne dans ce paysage audiovisuel américain calcifié dans son traditionalisme.

Fasciné par les réclames, Warhol utilise la télévision à sa propre promotion. Avec Vincent Fremont, Don Munroe et Sue Etkin, ils imaginent Fashion, qu’il présentera aux côtés de la pulpeuse Jerry Hall, icône télévisuelle et sensuellement caricaturale. Puis vient le mythique « Andy Warhol’s fifteen minutes », reprenant sa célèbre citation, érigée désormais comme précepte sociétal avec l’avènement de la téléréalité et de l’Internet :

« My prediction from the sixties finally came true : In the future everyone will be famous for fifteen minutes ».

Manipulateur et libre esprit, engoncé dans des cols roulés étouffants, Andy Warhol trépigne dans cette cour des miracles où il s’est autoproclamé Roi de Droits Divins.

Cette seigneurie se compose entre autres de Debbie Harry, chanteuse garage-rock et grunge de Blondie, Divine ou Paloma Picasso. L’artiste fait une télévision à son image, se crée un espace personnel voué à son propre culte : Andy Warhol fait du vélo d’appartement, Andy Warhol énumère ses vœux de fin d’année, Andy Warhol prend son déjeuner dans son Studio, Andy Warhol s’essaie aux pompes en chemise jaune avec Lidija, Andy Wahrol maquillé comme Jean Marais dans La Belle et la Bête, bidouille une oreillette robocopienne… C’est la série des Martine en version cocasse, cochonne et insolente. Tout ça reste profondément surfait, mais traduit cette soif de tout foutre en l’air qui motivait cette époque. On croise dans ses émissions la crème de l’underground new-yorkais (Keith Haring, Kenny Scharf), ou les hit-girls les plus délurées du moment (Courtney Love, Liza Minelly), on converse avec ironie et déraison sur la « foire des vanités », on crée des espaces de libre créativité pour les artistes et c’est peut-être, finalement, cette initiative qui constitue l’avancée principale de la Télé selon Warhol. Si la démesure de certains projets les fait parfois sombrer dans le grotesque, il n’en reste pas moins que cette télévision est réalisée par les artistes pour les artistes. Les programmes flirtent avec l’absurde, ou lorgnent dangereusement sur les « private joke », mais donnent l’impression d’une grande famille cathodique autour du patriarche autoproclamé. Un patriarche qui occupera jusqu’à sa mort (et même après) et cette oraison funèbre scénarisée, une place particulière dans le paysage télévisuel de son pays. Le Roi est mort, Vive le Roi.

Renseignements :
Warhol TV
Du 18 Février au 3 Mai 2009
La Maison Rouge
www.lamaisonrouge.org
 


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