Entretien avec Jean Dujardin

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A l’image du plus célèbre « lonesome cow-boy » de l’histoire de la bd, l’acteur est aussi sympathique que… rapide (voire pressé) en entretien. Interview express, donc, d’un Jean Dujardin décidément en haut de l’affiche, à l’occasion de la sortie de « Lucky Luke ».

Quel souffle ! Quel rythme ! En à peine quatre ans – Brice de Nice ne date que de 2005 –, il a su installer sa belle gueule conviviale et l’évidence de sa présence, de son énergie, comme aucun autre acteur de sa génération en France. Fort de quelques succès phénoménaux au box-office – dont l’excellente saga des OSS 117 –, Jean Dujardin est bien mieux que le rejeton inespéré ou le clone lointain du Jean-Paul Belmondo alerte et aventurier façonné par Philippe de Broca. Trentenaire lucide et bosseur, camarade tout terrain quoique blagueur, Dujardin combine l’extravagance d’être à la fois une star – une « icône générationnelle », dit-on aujourd’hui – et un « monsieur tout le monde » parfaitement assumé. Rien d’étonnant, dès lors, à le retrouver dans la peau de Lucky Luke, personnage tout aussi légendaire que familier. Lui-même, d’ailleurs, ne s’en étonne pas vraiment : « Je n’ai pas mis trois secondes à accepter ce rôle », explique-t-il au détour d’un sourire paisible et d’un déjeuner rapidement expédié. Flegme et vitesse : normal, pour « l’homme qui tire plus vite que son ombre », non ?

Incarner Lucky Luke, c’était l’un de vos rêves d’enfant ?

Petit, je me disais : « Lucky Luke, c’est moi ». Donc je l’ai désiré, mais en même temps, on n’ose pas rêver de ça ! En tout cas, quand James (Huth -ndlr) m’a dit : « Et si on faisait Lucky Luke ? », je n’ai pas mis trois secondes pour accepter. D’abord, parce que ce personnage est tout de même une caution formidable. Inespéré, pour un Français, de jouer dans un western… Et puis bon, travailler de nouveau avec James, c’était l’assurance qu’il y aurait une vraie proposition en terme d’images.

Lucky Luke est une légende, vous une sorte d’icône : quand on y réfléchit, on voit bien l’évidence de cette proposition, non ?

Et bien en fait, tout le monde m’a dit… de ne pas le faire ! Même moi, quand il a fallu s’y mettre, j’ai pensé que c’était très arrogant, très prétentieux de dire que l’on va « faire Lucky Luke »… Bien sûr, au fond de moi, j’ai senti que c’était le bon personnage au bon moment de ma carrière. Mais je n’allais pas le jouer en jaune flashy, la bouche en cœur et les yeux plissés. Il faut l’adapter, se frayer un chemin vers lui. Et que lui fasse un bout vers toi. Qui est Lucky Luke ? Un mec qui « trimballe », l’élu, celui qui défend l’Ouest. Mais pourquoi ne s’arrête-t-il jamais ? Pourquoi ne dort-il pas ? Est-ce qu’il n’aimerait pas avoir une ferme, se poser ? Voilà, j’ai voulu petit à petit l’humaniser. Qu’il reste une icône héroïque, loyale, intègre, plutôt mutique. Mais aussi qu’il ait des conflits intérieurs, une fragilité. Bon, en même temps, c’est un divertissement, et l’on s’adresse aussi aux enfants ! Disons que c’est à la fois La Charge héroïque et une adaptation de la bd, avec laquelle on a pris des libertés.

Votre physique, vos rôles emblématiques, le succès : en très peu de temps, finalement, vous êtes devenu une figure incontournable du cinéma français… Comment l’expliquez-vous ?

Le succès, pour moi, c’est d’abord un bel accident vous savez…. Ensuite, je crois que mon physique colle bien au cinéma d’aventure souriant, que j’aime à la fois en tant qu’acteur et que spectateur. Peut-être qu’il y avait un manque à ce moment-là, dans le cinéma français, je suis content de le combler ! Concernant mes choix, très tôt je me suis dit que j’irai à droite, à gauche, que je ferai Brice, mais aussi Le Convoyeur. Il faut explorer, se promener dans les genres. Là, je viens de tourner avec Nicole Garcia, j’ai appris des choses avec elle. En fait, je suis très dur avec moi… Mais je n’ai jamais peur quand je dis « oui » à un projet. Le fait est que je n’ai pas de films chiants dans ma filmographie… pour l’instant (rires) !

Propos recueillis par Ariane Allard


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