Holy Carax

Holy Carax

Six semaines plus tard, que reste-t-il de "Holy Motors"?


Article de Jean-Baptiste Viaud


Ne perdons pas de temps à pester sur la date de sortie du dernier Leos Carax : pas de doute, le 4 juillet, il y a plus idéal pour un film. Au moins ceux qui n'étaient pas à Cannes ont la chance de ne pas devoir trop attendre de pouvoir voir Holy Motors, cette œuvre immense qu'on a reçu en festival comme un coup au cœur. On le disait il y a presque deux mois, le film de Carax, qu'on attendait, était notre Palme d'Or personnelle ; le film dont on voyait l'absence au palmarès comme une injustice. Je ne l'ai pas revu depuis : Pauline oui, elle l'a heureusement aimé (j'étais prêt à me battre), et elle en parle ici. Qu'en reste-t-il depuis? À peu près tout. Toujours cette impression que l'engouement collectif n'était pas vain, qu'Holy Motors est bien ce qu'on a vu de plus inventif non seulement à Cannes, mais aussi dans les salles, depuis longtemps. Il en reste mille images qui se télescopent, mille lignes de dialogues aussi. On se souvient d'un des personnages de Denis Lavant disant : "La vie est meilleure Léa, car dans la vie, il y a l'amour. La mort est bonne, mais l'amour n'y est pas", ou de Piccoli à l'arrière d'une limousine : "J'ai toujours été persuadé que j'allais mourir un jour".

Il faut dire qu'il y a mille films dans Holy Motors, que tous se mêlent sans se marcher dessus. On a souvent parlé de Carax comme d'un cinéaste maudit ; de fait, il aura fallu attendre 13 ans pour voir son film, 13 ans depuis Pola X, déjà magnifique mais mal-aimé. Son Holy Motors, à l'inverse, tient du miracle. C'est l'objet d'un homme de cinéma secret, qu'on a cessé depuis bien longtemps de vouloir percer à jour. Peu importe qu'il donne ses interviews au compte-goutte, puisque tout, semble-t-il dire, est dans ses films. Et le plus beau, c'est qu'on peut y prendre ce qu'on veut ; qu'on y voit ce qu'on a envie d'y voir, et que l'on y est bousculé aussi bien par Edith Scob qui rit que par une limousine qui parle. Tout le monde n'aimera pas Holy Motors, même si on aimerait bien que ce soit le cas. Tant pis : ce qui importe, c'est que c'est, dernièrement, ce qui ressemble de plus près à l'idée qu'on se fait du cinéma. Holy Motors est un monde peuplé d'idées insensées qui marchent toutes ; de petites douleurs et de grandes trouvailles qui montrent qu'on est bien au cinéma. De ça, on est sûrs. Le festival Paris Cinéma organise jusqu'au 10 juillet, au MK2 Bibliothèque, la rétrospective intégrale de la filmographie de Carax. Regardez Denis Lavant courir sur du Bowie dans Mauvais sang, reprenez la mesure du romantisme forcené de Boy Meets Girl, changez d'avis sur Pola X. Surtout, allez voir Holy Motors.
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