Du 3 décembre 2011 au 2 janvier 2012, le Centre Pompidou fera honneur à Béla Tarr en lui consacrant pour la première fois en France une rétrospective intégrale, à l'occasion de la sortie conjointe de son sublime dernier film,
Le Cheval de Turin, et d'un livre de Jacques Rancière,
Béla Tarr, le temps d'après, dans la collection « Actualité Critique » des éditions Capricci. Occasion pour ceux n'ayant jusqu'ici jamais eu la chance d'affronter les plus de sept heures du
Tango de Satan (1994), film ayant contribué à édifier son mythe au-delà des frontières hongroises, de se laisser prendre au jeu d'une désorientation sans égale. Pour ceux gardant de son précédent
L'Homme de Londres un souvenir assez mitigé de redonner une chance à un film à la beauté finalement très sourde, ne se donnant pas sans effort. Pour ceux qui connaissent déjà très bien l'œuvre mais pas l'homme de tout simplement le rencontrer, le voir enfin parler lui-même de son travail, lors de la Master Class qu'il animera le 3 décembre avec le critique Antoine Guillot.
A un mois de la fin de cette passionnante année, Il était une fois le cinéma, après la défense décomplexée du « cinéma guérilla » proposé la semaine dernière par
Donoma, se permet d'accorder à nouveau quatre étoiles au film de la semaine, à savoir, quel heureux hasard,
Le Cheval de Turin. Si l'incertitude quant à la postérité d'un film nous incite tout au long de l'année à la plus grande prudence dans notre logique de notation (qui d'ailleurs importe définitivement moins que les articles en eux-mêmes), c'est aussi le rôle de la critique de savoir accorder quand il le faut à ce qu'elle sait être un très grand film le sacre qu'il mérite, à l'heure précise de sa sortie en salle. Reste que
Donoma, si le nombre de ses défenseurs est conséquent, divise aussi plus d'un critique, y compris ici même, aussi bien pour des raisons artistiques (mise en scène, scénario, jeu des acteurs, etc.) que promotionnelles (agacement face au système de « marketing virale » de l'équipe, via les réseaux sociaux ; grand scepticisme quant au budget claironné de 150 €...). Nous ne manquerons pas d'y revenir et c'est une bonne chose.
Concernant
Le Cheval de Turin, présenté par son auteur comme son ultime long métrage, si division il doit y avoir, celle-ci inviterait surtout partisans et opposants à avancer leur argumentaire à la lumière de l'ensemble de l'œuvre (donc de la rétrospective intégrale). Ce film, si sa réussite reste singulière, est en même temps l'occasion idéale de faire non seulement le point sur l'évolution ou la persistance des exigences esthétiques de Béla Tarr, mais aussi de tout un pan du cinéma contemporain faisant du surcadrage une loi, soucieux avant tout de l'installation littérale des personnages dans le plan (Nuri Bilge Ceylan notamment, même si sa méthode et ses préoccupations sont très différentes de celles de l'ascète hongrois, mais aussi le Gus van Sant expérimental de
Gerry,
Elephant et
Last Days, voire même, pourquoi pas, le vidéaste Steve Mc Queen, dont
Shame, le très attendu second long métrage, sort en salle la semaine prochaine).
Parce que défendre ou « descendre » un film implique une incessante redistribution des cartes, la remise sur le tapis de ce que chacun pense avoir compris du cinéma, il nous est apparu tout au long de cette année – plus encore que les précédentes –, que des propositions de cinéma aussi diverses et radicales que
I wish I knew,
Hors Satan,
Donoma ou
Le Cheval de Turin méritaient d'office, plus que tellement d'autres, le positionnement le plus franc.