Entre-temps


Entre-temps

Cette vieille affaire ? Reparlons-en, justement.

Article de Sidy Sakho



A l'heure où se profile déjà, moins d'une semaine après sa mort, un projet de biopic de Steve Jobs (dont la ligne de vie croisa celle du septième art, par le biais notamment de la création en 1986 du studio d'animation Pixar), il est intéressant de relever que les sorties ciné faisant l'unanimité ces dernières semaines sont a contrario les films les plus nécessiteux de faire un break avec l'actualité. Plus précisément des films dont l'actualité serait, paradoxalement, d'être « inactuels ». Soient L'Apollonide de Bertrand Bonello (chronique des derniers jours d'un bordel parisien, aux premiers jours du XXe siècle), Drive de Nicolas Winding Refn (film d'inspiration vintage, dont un des réels bienfaits pourrait être de donner envie de redécouvrir le cinéma d'un Walter Hill – The Driver, 1978, référence assumée dès le titre – ou d'un Friedkin eighties – versant To Live and Die in L.A., 1985) et The Artist de Michel Hazanavicius (plaisant exercice de style primitif), qui fait donc notre une cette semaine.

Si flash-back ne signifie bien sûr pas passéisme, il peut être au moins tentant de s'interroger sur la place réelle dans leur évaluation de l'ancrage de ces films d'aujourd'hui dans un temps perdu (interrogation que soulevait déjà un Super 8 d'inspiration très Spielberg période E.T.). Car si en effet le talent propre, la personnalité artistique des trois cinéastes ne fait aucun doute (à noter que Michel Hazanavicius fera néanmoins l'objet d'un retour critique très dubitatif quant à cet Artist et ses précédents films, dans notre Laboratoire de la semaine prochaine), il peut être aussi intéressant de se poser la question du rôle de ce décalage dans le constat d'audace et de grande modernité de leurs derniers films. Bonello n'a-t-il vraiment jamais été aussi contemporain que lorsqu'il s'est enfin décidé à prendre du recul sur une époque qu'il connait trop bien ? Ryan Gosling, avare de mots et de sourire, so sexy dans son blouson de pilote argenté à motif est-il vraiment l'homme de l'année, un action hero comme on n'en fait plus depuis... au moins le Cobra de Georges Pan Cosmatos (1986) ? Comment expliquer que Jean Dujardin soit reconnu comme acteur digne d'un prix cannois à partir du moment où lui est retiré le droit à la réplique culte ?

Deux-trois questions qui ne sont bien sûr qu'un panel des problématiques ayant guidé nos choix de défendre ou non ces films « sur le moment », de prendre ou non parti « en faveur » ou plus ou moins « contre » des œuvres qui, quoi que l'on en pense, ont en tout cas le mérite de rappeler si nécessaire que l'histoire (la grande, la petite) n'a jamais fini de se réécrire. Faire un film, aujourd'hui, est plus que jamais l'affaire d'une combinaison de mémoire (des images, des motifs de tous les films ayant donné envie de prendre une caméra) et de défiance (depuis quand les contemporains d'un âge du cinéma sont-ils les seuls à jouir du droit de faire ce cinéma-là, filmer ce temps, ces lieux, ces décors-là ?). Aussi discutables soient-ils quant à leurs aboutissements respectifs, il va sans dire qu'à deux mois de notre parcours de cette assez passionnante année 2011, ces films comptent d'ores et déjà parmi ceux sur lesquels nous reviendrons.



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