Rebondissons sur la présentation de notre nouvel aménagement du Territoire Labo (cf
précédent édito) : se fait jour plus que jamais cette semaine la valeur au moins égale – pour ne pas dire supérieure ? – à celle de la critique d'un approfondissement du regard sur les films par le biais, sinon de la seule
rencontre avec les auteurs, dans tous les cas de leur croisement circonstanciel (le temps d'une
escale festivalière), leur réévaluation (le temps d'une
rétrospective ou de la sortie d'un coffret DVD), voire la possible perte de vue des codes d'une perception majoritaire des
images.
L'actu ciné se révèle ainsi, comme à chaque fin d'année, le point de départ pour toute rédaction d'un regain d'énergie réflexive et critique dont les semaines à venir (entre tops et retours massifs sur une année et surtout une décennie de cinéma) seront d'évidence l'acmé. Aussi, l'écriture, à l'égal des films mêmes, se voudra plus que jamais
transgenre, le cinéma semblant par ailleurs lui-même tout acquis à la cause d'une dérive, d'un
débordement des lieux et horaires de projection au profit d'une stimulante hybridation des signes, infiniment revigorante par les temps qui courent.
Temps pré-apocalyptiques, à en croire l'état d'urgence se dessinant aujourd'hui quant à une reprise en main par l'Homme aussi bien de son propre destin (question réunissant, à bien y réfléchir, autant
le petit peuple animé par Besson – Luc – que
le tueur solitaire et taiseux de Gentleman Jim, pas moins les
familles plus ou moins
(dé)composées de Yorgos Lanthimos et Axelle Ropert que les
quidams confrontés au
surgissement du fantastique chez Paul Weitz et Oren Peli) que de celui de sa/ses communauté(s) (
religieuse et sexuelle chez Jean-Jacques Zilberman,
de solitudes chez John Hillcoat,
d'esprits ou
« de sang » chez François Favrat et Marc Scialom).
Le nouvel héroïsme ne serait plus quantifiable (la somme de toutes les peurs) selon la relève fascinée d'un enchainement d'actes surhumains, mais bien plutôt dans la tentative plus ou moins confiante de rééquilibrage des forces communes. Celles accordant à tout personnage, toute figure de fiction ou documentaire le droit à un temps de visibilité même infime dans le grand corps plus ou moins malade du film. Celles permettant de mesurer, le temps d'un
geste rétrospectif – mais peu nostalgique, le retour aux origines annonçant surtout le constat d'une relance continuelle des obsessions –, la dimension réelle d'une œuvre en regard de tout un pan du cinéma d'aujourd'hui.
Celles nécessaires surtout à l'animation durable d'un webzine ciné (notre terme préféré). Il n'y aurait pas assez d'un éditorial pour exprimer la joie – parfois la réelle émotion – de constater toujours, de semaine en semaine, la concrétisation d'une projection de départ. Face aux grands changements, voire aux vrais bouleversements ayant marqué cette année d'Il était une fois le cinéma – dont le départ de certaines des figures clés de l'aventure ne fut pas le plus anecdotique –, le premier défi était de s'assurer du possible d'un retour aux sources, aux racines mêmes du site, paradoxalement par la découverte puis l'accueil de sensibilités vraiment nouvelles, inédites. Retrouver très vite les premiers élans par l'instauration d'une confiance, d'un regard commun sur la raison d'être et l'esprit d'Il était une fois s'annonçait comme un pari aussi fou (nul ne peut forcer durablement un mouvement, sous peine d'un dérapage annoncé) que largement à notre portée (la notion d' « esprit d'équipe » n'avait pas eu pareille évidence depuis au moins plus d'un an).
Où se confirme, si besoin était, que nulle logique n'est en définitive aussi porteuse de résultats, à l'écran comme autour, que celle du raccord (dans l'axe, le mouvement, qu'importe : l'essentiel, c'est l'association – des images, des mots, des regards).