Le corps : présence et performance

Le corps : présence et performance

Le corps : présence et performance

Article de Clémence Imbert

« Personne, il est vrai, n'a jusqu'à présent déterminé ce que peut le corps. » Spinoza.


Cette phrase a dû résonner dans l'esprit de Juliette Binoche, lancée dans un défi osé : chorégraphier, avec Akram Khan, et danser un ballet qu'ils présenteront pendant au moins deux ans, de Londres à New York. Désarmant.
Débutant sa carrière en 1983, elle ne cesse de travailler avec des auteurs éclectiques et exigeants, radicalisant leur propre vision du cinéma. Carax, Godard, Kieslowski (dont le film Rouge est présenté au Ciné-CLub Les Couleurs de la Toile), Haneke, Téchiné, Gitai et Minghella. Actrice internationale, la Cinémathèque lui consacre une rétrospective du 19 novembre au 5 décembre. Mais ce n'est pas tout, puisqu'elle investit aussi la scène du Théâtre de la Ville avec In-I. Libre, ne laissant aucun regard de cinéaste s'emparer de sa présence. Sur la scène du théâtre parisien, elle n'aura que le public pour impressionner ses gestes.  Pourquoi un tel risque ? Tout simplement parce que le cinéma ne se lit et ne s'exprime que par le mouvement : mouvement des corps, de caméra, mouvance des sentiments, rythme du montage.

Cette relation au corps et son expression, Michelange Quay en fait aussi l'expérience dans son premier long-métrage Mange, ceci est mon corps. Le réalisateur nous a accordé une interview dans laquelle il revient sur son actrice, Sylvie Testud, toujours investie corps et âme dans ses rôles, et sur sa première expérience de réalisateur. Dans ce film surprenant, rappelant le cinéma de Jean Rouch, la modernité de la narration disparaît et laisse la primauté aux images esthétisantes, comme si les mots ne pouvaient exprimer la justesse sans en trahir le sens. Traitant du racisme, du passé colonial français et des Haïtiens, Mange, ceci est mon corps interroge l'Autre. Qui est-il ?
Clint Eastwood quant à lui, durant sa longue et riche carrière, n'a cessé -et ne cesse- de se questionner sur cette altérité. Alors que L'Echange sort en salle aujourd'hui, le Laboratoire propose de revenir sur une carrière où l'altérité et la recherche d'humanisme ne font qu'un. Ainsi, L'autre est indéniablement celui vers qui se tournent les cinéastes, même pour obtenir un retour sur soi-même. Agnès Varda dans son documentaire Les Plages d'Agnès, entreprend de se raconter par une excursion sur les plages qu'ils l'ont marquée, où se mêlent une foule d'indifférents ainsi que ses propres souvenirs. Sélectionné durant le festival de Leipzig, ce documentaire a accompagné les autres documentaires sélectionnés. Couronnant Oblivion de Heddy Honigmann, le festival, encore une fois, s'est tourné vers le mouvement qui cette fois-ci, unique ou commun, doit renverser et transformer le monde.

A l'instar d'Agnàs Varda, le corps s' entremêle avec les mémoires. Mémoire du montage vivifiant de La Grève de Eisenstein, de la rapidité narrative des films de Richard Fleisher, de la rapidité de jeu des Marx Brothers et du lent suspens du Vaisseau Fantôme.

Le mouvement est partout, réunit l'acteur et le spect-acteur.

Bonne lecture à tous !
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