Thèmes recyclés pour des réalisations durables
Article de clemence imbert
L'originalité est habituellement la preuve et la garantie d'une notoriété pérenne pour un cinéaste. Or, Le Laboratoire prouve que des préoccupations récurrentes circulent, se prêtent, s'abandonnent, se glorifient ou se désagrègent d'(chef-)œuvre en (chef-)œuvre. Des thèmes recyclés pour des réalisations durables.
La volonté acharnée de concrétiser ses désirs, de modeler un être ou un monde à son image, la désintégration d'une famille, la paternité mise à mal et le langage...autant de thèmes qui imprègnent le minimalisme de The Browning Version, le gigantisme de Star Wars ou encore la légèreté de Pygmalion.
A première vue, la connivence entre Anthony Asquith et George Lucas semble incongrue, et pourtant... Les réalisateurs traitent l'un et l'autre de l'anticipation inquiétante d'un espace et de l'utopie d'un autre monde, fatidique ou en voie de disparition. Seule la forme diffère, Anthony Asquith y réfléchit et les questionne tandis que George Lucas les projette dans une oeuvre fleuve, mélancolique et baroque.
A l'occasion de la sortie de Star Wars The Clone War, Le Laboratoire revient sur la richesse esthétique des films de George Lucas, entre le mouvement de l'invisible et de l'hybride. Puisant dans ses personnages les souffrances d'un manque d'être, George Lucas se rapproche de The Browing Version et de Pygmalion. Ces deux films, édités chez Carlotta Films, interrogent l'intériorité cachée des personnages, à l'image du professeur Crocker-Harris, remarquablement interprété par Michael Redgrave. Pygamalion et The Browning Version offrent également l'opportunité de surprendre l'ironie du réalisateur, jouant sur les codes langagiers de la dramatisation anglaise.
Mais les connivences ne s'arrêtent pas là. Il est surprenant de constater que l'enfant et l'absence d'un modèle sont prégnants parmi ces films. En effet, Anakin Skywalker aurait sans doute été charmé par l'entreprise du professeur Higgins dans Pygmalion. Lui qui cherche un père, aurait pu canaliser ses souffrances dans la réalisation en chair et en os de ses désirs, comme le matérialise l'expert en phonétique sur Eliza, gavroche en jupons. Mais cette démarche peut paraître facile pour un jedi. Peut-être aurait-il préféré se confronter à la rudesse de la quête initiatique, explorée dans Vitus, l'enfant prodige de Fredi M.Murer, ou à la désagrégation d'une famille dans Nacido y Criado de Pablo Trapero.
Asquith, Lucas, Murer et Trapero démontrent que la lecture d'un thème – voire d'un mythe dans le cas de Pygmalion – se perpétue de décennie en décennie, de continent en continent, et que seuls l'introduction de la subjectivité et du talent imaginatif des réalisateurs les transcendent en des oeuvres atypiques et singulières.
Bonne lecture à tous !