Il y a 21 ans, Maurice Pialat remportait la Palme d’Or avec
Sous le soleil de Satan. Cette année, c’est Laurent Cantet qui, avec
Entre les murs, a de nouveau donné à entendre le chant du coq lors de la Cérémonie de clôture du Festival de Cannes. Surprise, mais juste récompense pour une œuvre qui, mêlant habilement documentaire et fiction, décrit la confrontation entre prof et élèves, dans une classe d’un collège parisien.
Le palmarès de ce crû promettait d’être politique : il ne déçoit pas ses propres ambitions, avec un Grand prix attribué à
Gomorra de Matteo Garrone, fresque consacrée à la Camorra napolitaine, un Prix de la mise en scène décerné aux
Trois singes de Nuri Bilge Ceylan, récit d’une famille menacée dans sa cohésion par un scandale politique, et le Prix du Jury qui vient récompenser l’audace du film de Pablo Sorrentino,
Il Divo, où il est question du Premier Ministre italien Giulio Andreotti, jugé en 1992 pour ses liens supposés avec la Cosa Nostra…
Le Che - Steven Soderberg - de Benicio del Toro et la mère courage Sandra Corveloni dans
Linha de passe de Walter Salles consacrés par un prix d’interprétation, les très engagés frères Dardenne une fois de plus couronnés par un prix du scénario : aucune fausse note dans cet hommage explicite au cinéma sinon « politique », du moins en prise avec son contemporain.
Il était une fois le cinéma cette semaine rend également hommage à ce cinéma à vocation "pédagogique" : un cinéma doté d’une mission d’enseignement, qui sait mettre en lumière certains pans oubliés du décor :
Haïti chérie, fiction de Claudio Del Punta d’un ultra-réalisme qui n’est pas sans rappeler le long-métrage palmé de Laurent Cantet, révèle au public le sort cruel des immigrés haïtiens de République Dominicaine.
Française, de Souad El-Bouhati, réinterroge la question de l'intégration et de l'identité, à travers le personnage de Sofia, jeune d'origine maghrébine qui, forcée de vivre avec sa famille au Maroc, ne rêve plus que de retourner sur son sol natal : la France…
Bien sûr, les salles nous réservent également quelques plaisirs plus légers, tels que le documentaire consacré au légendaire footballeur
Maradona, par Emir Kusturica, ou la poursuite sur grand écran des romances urbaines des quatre new-yorkaises de
Sex and the City.
Belle occasion de faire le point sur le phénomène d'abord télévisuel, puis généralisé, des séries : "
HBO VS SHOWTIME : le combat pour l'innovation" s'intéresse à la compétiton acharnée entre certaines chaînes télévisées américaines dans la diffusion de séries ; "
Le phénomène "séries", naissance d'une passion" fait le point sur l'engouement récent suscité par cet objet audiovisuel ; "
Séries en force et force(s) des séries" revient sur certaines des séries les plus marquantes de ces dernières années, alors que "
In the mood for women : pourquoi les filles font leur cinéma (en série)" analyse le succès de la gente féminine à travers les séries les plus populaires... Enfin, "
L'hexagone revient dans la petite lucarne" fait le point sur le parcours chaotique des séries à la française, récemment inspirées par le génie de leurs consoeurs américaines...
Enfin, le Coin du Cinéphile est consacré, cette semaine, au thème de la folie, et analyse quelques unes des œuvres les plus marquantes, parmi ce que l'histoire du cinéma nous a livré de bijoux rongés par cette euphorie proprement destructrice :
Répulsion et la jeune Deneuve hantée par la caméra de Polanski,
Une femme sous influence et la géniale Gena Rowlands en mère de famille dépossédée, et les non moins fameux
La Nuit du chasseur, de Charles Laughton, et
L'Antre de la folie, de John Carpenter.
Bonne lecture à tous !