La Délation sous l'Occupation / Chantons sous l'Occupation

La Délation sous l'Occupation / Chantons sous l'Occupation

Souvent la question nous taraude l’esprit : que s’est-il réellement passé durant ces quelques années peu glorieuses de notre histoire ? André Halimi pose sa caméra devant deux lignes de conduites continuant de susciter quelques interrogations. A voir absolument !


Article de Samir Ardjoum


Le mot « ambigu » revient souvent sur toutes les lèvres. Tout est paradoxal et la situation de l’époque ne dérogea pas à la règle. Le régime Nazi envahit la France et marche sur les Champs-Elysées le 14 juin 1940. Photographies, reconstitutions cinématographiques (la scène d’ouverture de L’Armée des Ombres de Jean-Pierre Melville, par exemple), tout laissait à penser que cet instant de mort ne pouvait être perçu comme une libération. Du haut de mes 33 ans, j'avoue qu'il m'est difficile de ressentir cette journée « historique », mais le temps a passé et les vagues de l’Histoire ne font que se jeter contre le sable de l’ignominie. Les souvenirs, la mémoire, l’identification, ces critères analytiques doivent être discutés afin de mieux les cerner, sans sombrer trop « facilement » dans la radicalité, dans les jugements excessifs. Rien que pour cela, les deux films d’André Halimi sont exemplaires de sobriété.

La Délation sous l’occupation joue sur les nerfs. Plus les images grandissent devant nos yeux, plus la vérité se fait cruellement sentir. Où se terre la logique dans ces moments-là ? Nulle part ! Halimi plonge sa caméra dans une histoire sordide qui poussa des milliers d’inconnus, voire des gens aisément identifiables, à prendre la plume pour dénoncer l’Autre, celui qu’ils refusèrent de voir évoluer dans la société, vivre en somme. Période oblige, on comprendra aisément que les Juifs furent les principales victimes de ce génocide par les mots. Rien n’obligeait les délateurs à forcer la main des Nazis, sauf peut-être une volonté vengeresse qui pourrait remonter à l’Affaire Dreyfus, où la France fut partagée en deux. Beaucoup plus loin, Halimi présente un microcosme (environ trois millions de personnes) qui devança les demandes des Nazis et ce pour des raisons purement idéologiques, voire économiques. Pour cette dernière piste, les témoignages affluent et il n’est pas rare de constater que certains d’entre eux s’approprièrent les biens de leurs victimes après les avoir éradiqués du système économique.
 
     

Chantons sous l’occupation
est une œuvre bien plus ancienne dont la réédition, savamment pensée, présente un parallèle malheureusement léger. Toujours cette question qui revient sans cesse et pose les bases d’une « collaboration » avec l’ennemi. Plusieurs anecdotes émaillent ce documentaire, sans être pour autant toujours justifiables. Lorsque l’un des intervenants, un membre de la Résistance, s’interroge sur les procédés de divertissement de certains de ses compatriotes/artistes, il y a une véritable dénonciation d’une ambiguïté continuant de nos jours à cultiver les mystères de l’Histoire. Dans la foulée, nous apprenons qu’une délégation de comédiens français furent envoyés en Allemagne pour illustrer l’amitié Pétain/Hitler. D’autres exemples viennent illustre ce documentaire conséquent : Jean Marais narrant la fameuse scène de bagarre où il dut asséner un vigoureux coup de poing sur l’un des critiques fascistes, auteur d’un papier nauséabond ; Sacha Guitry qui se vit emprisonné à tort et accusé de collaboration pour n’avoir jamais cessé de « jouer » sur scène durant l’Occupation allemande ; Jean Cocteau qui accueillait des artistes du régime Nazi et qui, en secret, aidait des Juifs à quitter le territoire national. Tout cela fut prouvé maintes fois et il est rare de nos jours de sombrer dans des pensums néfastes car, comme le filme Halimi : Chantez mais soyez vigilant !
Logo IEUFC