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DVD « Un Heureux événement »

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Dur dur d´avoir un bébé. Grand amateur de chroniques familiales, Rémi Bezançon adapte le récit d´Eliette Abécassis avec humour et légèreté.

Barbara, pieds dans les étriers et visage crispé par la douleur, découvre les joies de l’enfantement et de la maternité. Les couches pleines, les cris au beau milieu de la nuit, les seins flétris par l’allaitement, les rapports sexuels post-épisiotomie… « Pourquoi est-ce qu’on ne m’a pas prévenu ? Pourquoi ma mère ne m’a-t-elle rien dit ? ». La jeune maman n’aurait jamais imaginé qu’avoir un bébé serait une telle épreuve. Le spectateur, lui, ne peut plus l’ignorer. « La vérité, c’est qu’on nous déchire de l’intérieur pour mieux nous recoudre avec du fil », explique Barbara dans un langage cru et sans détour. Le troisième long-métrage de Rémi Bezançon, qui mériterait d’être qualifié de « contraceptif », suit le parcours de deux jeunes parents usés et désabusés par leur progéniture. C’est avec finesse et humour qu’il remet en question le concept douteux d’« instinct maternel ».

Dans son précédent film, Le Premier jour du reste de ta vie, le réalisateur s’intéressait déjà aux événements qui rythment l’ordinaire familial : anniversaires, crises d’ado ou de la cinquantaine… On retrouve dans Un Heureux événement la fraicheur et la sensibilité qui constituent désormais sa marque de fabrique. Louise Bourgoin (l’ex miss météo de Canal +) et Pio Marmaï forment un couple adorable – un peu trop ? – dont les embrassades et les coups de gueule sonnent toujours justes. Jamais les deux acteurs ne basculent dans le stéréotype. Barbara fait d’ailleurs son possible pour ne pas se transformer en cliché de femme enceinte, quitte à sécher les cours d’accouchement sans douleur pour aller au bistrot du coin jouer au flipper. Derrière le bidon rond se cache un être humain avec un cœur et un cerveau bien remplis.

On pourrait reprocher à Bezançon de s’être contenté de lister les différentes étapes de la vie d’une mère (de l’acte sexuel initial à l’entrée de nouveau-né à la crèche) en les accompagnant de commentaires socio-philosophico-féministes, mais il parvient à compenser ces faiblesses par une bonne dose d’humour. Barbara surfe sur des sites internet aux noms peu engageants (mybabysitterisakiller.com ou lespoussettesdelamort.fr) pour s’assurer que sa fille chérie ne court aucun danger, tout en rêvant secrètement de l’empoisonner avec du lait périmé ou des gâteaux apéritifs. « Bientôt, elle va se réveiller. Pour la rendormir, il va falloir chanter des chansons débiles avec des loutres, des poneys et tout un tas d’autres bestioles », constate-t-elle d’un air désespéré. Mais Barbara n’est pas une mère indigne : elle aime sa fille plus que tout au monde. Un peu trop, sans doute. Si Rémi Bezançon s’égare légèrement au cours de la dernière demi-heure du film (que faire d’un couple qui bat de l’aile ?), il aura au moins eu le courage de dire que naissance d’un enfant ne rime pas toujours avec heureux événement.

Bonus

Making-of

Acteurs, producteur, réalisateur, romancière… Chacun porte un regard bien spécifique sur le film, en fonction de son expérience et de ses impressions. Le making-of d’Un heureux événement plonge les spectateurs au cœur du tournage. Mention spéciale pour l’extraordinaire travail de maquillage de Louise Bourgoin et le rôle central tenu par les bébés-acteurs.

Making-of musique

« Le scénario m’a inspiré quelque chose de très rude, très froid, et en même temps de la douleur. Avoir un enfant, c’est un bouleversement ». Sinclair, compositeur des musiques du film, explique comment son propre ressenti a nourri son travail.

Teasers et bande-annonce


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