Deux belles sorties DVD/ BLU RAY chez Elephant Films : Millie (George Roy Hill) et Sentimentalement vôtre (Carol Reed)

Article écrit par

Ces rééditions nous permettent de (re)découvrir deux œuvres de pur bonheur.

Millie (1967) : un feu d’artifice permanent

De la filmographie de George Roy Hill, notre mémoire cinéphilique a surtout retenu la consécration du duo Redford/Newman, réuni dans Butch Cassidy et le Kid (1969) puis dans L’ Arnaque (1973). Le réalisateur reste également celui qui a offert à Robin Williams l’un de ses plus beaux rôles, dans Le monde selon Garp (1982), l’adaptation ô combien émouvante du best-seller de John Irving. Apprécié par son sens affiné du spectacle, Hill ne saurait être réduit à ce poncif. Millie, son premier succès au box-office, illustre à merveille la richesse de sa palette. Tout à fait à son aise dans un genre aussi spécifique et exigeant que peut l’être la comédie musicale, il ne se laisse jamais enfermer dans un registre précis grâce à d’audacieuses et savoureuses digressions. Sur une trame de comédie policière – une traite des blanches organisée par une improbable coterie asiatique – se greffe une satire de l’émancipation féminine. L’enchainement des péripéties dans un esprit totalement décomplexé rappelle celui de Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959), une loufoquerie incrémentée par de nombreuses recours aux gimmicks du cinéma muet : cartons explicatifs pour les voix intérieures, ingénuité dans la diversification des raccords. L’acmé étant atteint dans les pures scènes de slapstick et lors d’un exercice d’équilibriste à la Harold Loyd. On en oublierait presque les nombreux numéros musicaux (Elmer Bernstein à la baguette), dont certaines chorégraphies comme celle dans l’ascenseur et celle de Tapioca ne manquent pas d’originalité. Pour tous ceux qui n’auraient pas encore eu le bonheur de tomber sous le charme androgyne de Julie Andrews, elle est tout simplement éblouissante de malice, rien d’étonnant qu’elle devienne par la suite la muse du trublion Blake Edwards. À ses côtes, Carol Channing, star de Broadway à la voix rauque et au physique si détonnant dans son unique rôle à l’écran renverse tout sur son passage. Mary Tyler Moore, avec moins d’allant que ses coéquipières, complète le trio féminin qui relègue la gent masculine en arrière-plan. James Fox suit finement la cadence, tandis que John Gavin joue simplement les gravures de mode. Girl-Power avant l’heure. Tout n’est pas parfait, à l’instar des inutiles prologue et entracte, d’ailleurs George Roy Hill voulait supprimer quelques passages au montage. Mais même à l’aube du nouvel Hollywood, l’auteur n’a pas eu droit au Final Cut.

 

Sentimentalement vôtre (1972) : Voyage à deux

Charles  qui soupçonne sa femme, Bellinda, d’avoir une double vie engage un détective pour la suivre. Dernier film de Carol Reed, Sentimentalement votre est une comédie de remariage raffinée et loufoque, tendre et cruelle. Le récit déconstruit de ce couple qui n’en fini pas de se séparer dans l’espoir de retrouver la flamme originelle de leur passion s’inscrit dans la lignée du chef d’œuvre de Stanley Donen Voyage à deux (1967).  Soulignée par un subtil mélange des temporalités  l’inexorable usure du temps apparaît encore plus vivace et cruelle. Jamais binaire, la période heureuse semblait bien fragile et les temps difficiles nourris d’espoir, l’histoire d’amour touche par sa simplicité et son universalité. Un Londres baigné dans une douce lumière nostalgique apporte la part de rêve inhérente au genre. Certes, dans le rôle du mari irascible,  Michael Jayston ne possède pas un registre aussi varié qu’Albert Finney, et le charme évanescent de Mia Farrow ne tutoie pas les sommets comme celui d’Audrey Hepburn, mais le couple possède la même élégance pour mettre des mots cruels sur les maux les plus intimes. La grande force du récit provient du troisième larron, Julian, le détective farfelu, rêveur et réaliste. Incarné par un Topol virevoltant suite à son rôle inoubliable dans le Violon sur le toit (1971, Norman Jewison). Il use de son débit mitraillette pour dynamiter les idées reçues et sait se faire tendrement silencieux pour guider le couple vers de possibles lendemains. Donnant ainsi tout son  sens au titre original : Follow me ! Un titre autrement performatif que sa tristement inappropriée traduction française. Ne vous laissez pas tromper !

 

Sortie le 14 mars 2023 en DVD/ BLU RAY chez Elephant Films 

 

Réalisateur : ,

Année :

Genre : ,

Pays : ,


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Dumb Money

Dumb Money

Excité, cafféiné, « Dumb Money » est un film louable : Pour ses intentions, pour des qualités qu’il a, mais surtout, hélas, pour des défauts qu’il n’a pas.