Raging Bull

Raging Bull

Raging Bull 3 étoiles

Un film de Martin Scorsese

Avec Joe Pesci, Robert De Niro, Cathy Moriarty, Frank Vincent, Nicholas Colasanto

Article de Aude Fauvel


Portrait sans concessions d'un personnage en quête de reconnaissance, Raging Bull relate la destinée du champion Jake La Motta, de sa fulgurante ascension à son inexorable déclin public et personnel. Robert de Niro y incarne avec talent ce jeune boxeur issu de la classe populaire des immigrés italiens. Loin de tomber dans le piège de la classique hagiographie sportive, Scorsese dépeint avec sensibilité un homme aux traits antipathiques.

Etouffé par des valeurs que Scorsese connaît bien (la famille, la religion, l'honneur...), Jake La Motta cherche l'accomplissement personnel dans la violence. Être prédestiné, la boxe est son seul salut. Son refus de l'échec et sa foi inébranlable dans la victoire l'incite à considérer la violence comme seule issue à ses problèmes personnels. Ainsi, scènes de combats et scènes de ménages rythment l'ensemble du film, soulignant la tendance de Jake à envisager son existence comme une lutte permanente. On devine très vite que cette rage le mènera droit à sa perte. Le caractère autodestructeur du personnage précipite sa descente aux enfers. Malgré la présence de son épouse et de son frère, La Motta est victime d'un sentiment de grande solitude, d’un mal être qui le pousse à la paranoïa. Ses succès sur le ring sont vécus comme autant de moyens de racheter les drames qu'il inflige à son entourage. Quand il n'est plus capable de s'accomplir dans la boxe, Jake tombe dans une déchéance physique et morale qui l'entraîne plus loin dans sa propre solitude.

C’est donc la fugacité de la gloire sportive qui est dépeinte dans cette œuvre. Reconverti en comique grotesque et maladroit, l’ex-champion inspire surtout la pitié. C’est paradoxalement dans la disgrâce que le personnage parvient enfin à la rédemption. Son incarcération, où il subit l'humiliation, précipite non seulement le dégoût de sa propre personne (symbolisé par la lutte contre le mur de la prison), mais également son inattendue remise en question. Face au miroir, alors qu'il a presque tout perdu, La Motta semble enfin s'accepter. Ce dialogue que Jake répète dans la loge, extrait de Sur les Quais d'Elia Kazan, provoque une mise en abîme où le personnage prend conscience de ses erreurs. La conclusion du film « Once I was blind, now I can see » fait écho à ce salut inespéré.

Scorsese aura longtemps hésité à réaliser la biographie du « taureau du Bronx ». C’est un trait de caractère qu’il partage avec le personnage qui l’incite finalement à s’intéresser au projet : « Ce qui me fascinait chez Jake La Motta, c’était son côté autodestructeur, ses émotions les plus primaires ». Nul n’ignore que le réalisateur sortait alors d’une période difficile, ayant subit plusieurs attaques nerveuses liées à l’usage de drogues et au surmenage. L’environnement familial, les origines italiennes et la ville de New York sont autant de points communs que Scorsese partage avec La Motta. C’est cependant De Niro, dont on connaît l’incroyable travail sur ce film, qui se montre le plus proche de l’ancien boxeur qui officie en tant que consultant sur le tournage. De Niro pousse très loin son identification au personnage, suivant un entraînement intensif auprès de boxeurs professionnels, et prenant surtout près de trente kilos en quelques semaines pour incarner le héros en fin de gloire.

Difficile enfin d’évoquer Raging Bull sans rappeler la beauté de ses images. Ce noir et blanc somptueux répond à une double utilisation. S’il accroît l’effet documentaire du film, il permet également au réalisateur d’approfondir davantage les effets d’esthétisme. La multiplicité des techniques et des plans utilisés pour filmer les combats de boxe est absolument exceptionnelle. Elle permet une projection intense du spectateur au cœur des affrontements. Jamais la primitivité de cette confrontation des corps sur un ring n’aura été retranscrite avec autant de violence et de beauté à la fois.

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