Rester vivant - méthode


Rester vivant - méthode

Un film de Erik Lieshout, Reinier Van Brummelen, Arno Hagers

Avec Iggy Pop, Michel Houellebecq

Éloge de la folie

Article de Kenza Vannoni 3 étoiles



Un documentaire extrêmement singulier sous forme de guide spirituel. Le film se divise en quatre chapitres, les mêmes que dans le livre : D’abord la souffrance, Articuler, Survivre, Frapper là ou ça compte. Il reprend méticuleusement les propos et la structure de l’essai de Michel Houellebecq d’où il tire son titre. Houellebecq joue d’ailleurs lui-même dans le film, à peu de chose près son propre rôle, comme il a en a l’habitude depuis L’enlèvement de Michel Houellebecq ou Near Death Expérience.

Il y est principalement question du fil ténu entre l’absence de souffrance et la mort ; si la souffrance est à l’origine du poète, celui-ci doit s’efforcer de trouver l’équilibre pour ne pas se laisser mourir. Survivre à la société tout en conservant sa particularité. Sa folie lui permet de créer mais c’est aussi elle qui lui donne envie de mourir. Les cinq portraits que dresse le film sont sincères, émouvants et illustrent parfaitement le guide par leurs expériences individuelles de la folie.

Le film, loin de trahir les propos de Houellebecq, comme on le craint toujours d’une adaptation, vient les sublimer et les amener plus haut encore. Véritable collaboration artistique, Iggy Pop — narrateur en voix-off — est la part qui manquait à cet essai de Houellebecq pour toucher au-delà du public a priori concerné par le guide. Il réussit ce tour de force : parler aux sains d’esprit depuis chez les fous, branché sur une fréquence inconnue. En nous lisant les passages de ce guide a priori destiné aux marginaux, Iggy Pop fait figure de passeur entre les deux rives bien qu’il nous répète que nous n’étions pas invités — « you were not invited ».



Le narrateur — Iggy Pop — s’adresse à nous à la deuxième personne tout au long du film, créant une proximité toute particulière, à la façon du code du samouraï, ou du guide Femme actuelle. On a la sensation de recevoir un enseignement très précieux, qui nous force à tendre l’oreille. Les citations de Houellebecq disséminées tout le long du film prennent un sens nouveau dites par Iggy Pop. Avec sa voix de chamane, quelque chose de très fort en émane, et évacue le cynisme dont elles étaient initialement teintées. La voix rauque d’Iggy Pop, à nulle autre pareille, est comme un grondement qui se propage dans notre esprit. À l’image des plans sinueux de couloirs d’hopitaux, le film a quelque chose du serpent qui rampe, calme et dangereux. Tandis que ces grands yeux bleus qui nous fixent semblent rire, non plus de cynisme, mais d’une sorte d’« et alors ? » crié au reste du monde. 

 Esthétiquement très réussi, il parvient à créer une perception légèrement altérée des choses, au moyen de travellings arrières extrêmement longs, rapides et inattendus. La musique joue également un rôle fondamental, c’est elle qui lui donne ce tempo si particulier, cette douce étrangeté qui nimbe tout le film et dont on ressort imprégné, bien qu’un peu déçu de ne pas être « invité ».


Fiche du film


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