La Prière


La Prière

Un film de Cédric Kahn

Avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl

Le nouveau film de Cédric Kahn est une découverte dans tous les sens du terme et donne toute sa mesure au mot camaraderie.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Prière versus overdose

Un visage, un beau visage d’homme-enfant s’impose à l’écran. Il rayonne de beauté et de désespoir, il est un peu un personnage de western. Au fil de l'action on apprendra que c'est un jeune toxico qu’un prêtre a recueilli dans la rue après qu'il eut fait une overdose. Ce prêtre lui a suggéré de venir dans un centre qui pratique dans l’isolement la prière, le travail et le chant dans le but de décrocher. En la personne d’Anthony Bajon qui crève véritablement l’écran, Cédric Kahn nous fait découvrir un nouveau talent. Bajon n’est pas le seul à briller, tout le monde est admirable dans ce film qui témoigne de la force que peuvent avoir la vie et la solidarité dans un monde qui part à la dérive, où les loups solitaires meurent dans les caniveaux. Il y a la belle Louise Grinberg dans le rôle de Sybille, ange et tentatrice du jeune Thomas, mais aussi Damien Chapelle, Alex Brendemühl et tous les membres de cette communauté de résilience comme on dit maintenant dans les magazines de psychologie. Et puis, il y a ce beau paysage de montagne que le réalisateur a découvert, et qui rappelle celui de son film précédent, Vie Sauvage (2014). « Je voulais de la montagne, du paysage, un sentiment d’isolement, mais aussi d’espace, d’éternité. On a cherché dans les Pyrénées, dans les Alpes. Et on est arrivé dans le Trièves, en Isère, un plateau large entouré de montagnes à 360°. Un lieu magique, préservé, mélange de beauté et de rudesse. L’endroit idéal pour raconter cette histoire. Ce paysage est devenu un personnage du film à part entière.» déclare-t-il dans le dossier de presse. Un lieu pour un miracle, tel celui que vivra Thomas lors d’une nuit solitaire, blessé parmi les roches et la neige.
 


Aucun visage connu


Sans doute l’un des plus beaux films de Cédric Kahn, cinéaste éclectique s'il en est, La Prière n’impose aucun visage de comédien connu, à la différence du cinéma bankable que l'on nous inflige à longueur de temps. Seule Hanna Schygulla, l’égérie de Fassbinder, fait une apparition, méconnaissable, dans le rôle d’une vieille religieuse quasi-mutique. Kahn, qui d'ailleurs se dit agnostique, réussi avec un scénario signé Fanny Burdino et Samuel Doux sur une idée d’Aude Walker, avec Yves Cape à l’image et Laure Gardette au montage, à donner corps à l'idée de foi, une foi presque pratique et qui se revéle par la prière. Cette prière qui donne  son nom au film, est le secours de ces jeunes venus de tous horizons et du monde entier pour qu'ils sortent de l’enfer de la drogue. Cette communauté est donc un lieu retiré où de jeunes gens sont reclus et séparés des jeunes filles. Ils tentent d'oublier le prosaïsme de leur ancienne existence et ses tentations et de retrouver foi en la vie par le travail, l’isolement, le chant et la prière. Des lieux comme celui-ci existent vraiment et tout le mérite de la productrice Sylvie Pialat est d’avoir adhéré au projet et lui avoir permis d’exister. Thomas, même s’il doute fort et désespère souvent, ne trouvera son salut que dans la camaraderie et la fraternité, non pas celle fallacieuse inscrite sur le fronton des mairies et des écoles, mais la vraie, celle qui unit et qui évite d’être seul et de sombrer dans le désespoir. « C’est probablement le vrai sujet du film, déclare Cédric Kahn, en tout cas celui qui me touche le plus : la reconstruction du lien. Les individus arrivent dans une solitude absolue, une grande détresse affective. Ce qu’ils apprennent au-delà de la prière, ce sont les règles, le partage, la vie en communauté. Et c’est probablement ce qui les sauve. »

Une fin ouverte sur la foi et le monde

Le chemin chaotique de Thomas va trouver ici son point d’équilibre, dans le chant, la lecture des textes sacrés et une forme de méditation qui vont l'éloigner de toute tentation, y compris sexuelle et affective. Si bien qu’il voudra devenir prêtre. Mais la fin ouverte du film laisse libre cours à l'interprétation de chaque spectateur pour que chacun puisse donner la fin qui convient le mieux à ses convictions. C’est juste cette liberté de ton et l’absence de toute forme de prosélytisme qui fait toute la force de La Prière.


Fiche du film


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