Les Bonnes manières


Les Bonnes manières

Un film de Juliana Rojas, Marco Dutra

Avec Isabél Zuaa, Marjorie Estiano

Film maladroit et trop long sur un sujet fantastique, la lycanthropie, assez mal assumé.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Film social ou film fantastique ?

Auréolé de tout un tas de prix, dont le prestigieux Prix du Jury de Locarno, Les bonnes manières est cependant un film assez décevant, oscillant de façon malhabile entre film social et film fantastique sans vraiment choisir son camp. Ce faisant, on se retrouve alors face à un film bancal, maladroit et quelque peu stupide. C’est pourtant le choix délibéré des deux réalisateurs qui n’en sont pas à leur coup d’essai. Ils le confient au dossier de presse : « L’élément fantastique dans notre premier long métrage, Travailler fatigue, s’installait progressivement dans l’histoire au fur et à mesure qu’on approchait de son climax. Dans Les Bonnes manières, on a voulu créer un monde fantastique dès le début du film en faisant appel à un style de narration qui rappelle les contes de fées. »
 


L’enfant loup ne fait même pas peur


Aidé par une image (un peu trop) léchée qui évoque quelque peu Pedro Almodovar, notamment dans le choix de décors volontairement kitsch ou théâtraux, et une interprétation de qualité, ce film - par ailleurs vraiment trop long - est scindé en deux parties presque égales, mettant en lumière à chaque fois l’une des deux « mères » de l’enfant lycanthrope. La lycanthropie est en effet un thème cher à la littérature, mais surtout au cinéma et même Fellini s’y est frotté dans un de ses premiers sketchs (Agenzia matrimoniale, 1953), c’est dire que l’hérédité sera lourde à porter. En voulant entrer de plain-pied dans un monde fantastique au cœur de la ville de São Paolo avec son quartier moderne et bourgeois, et sa favela d’opérette, les réalisateurs font passer sans cesse Clara, infirmière et nounou chez la riche et mystérieuse Ana, d’un monde à l’autre sans que cela ait une quelconque importance scénaristique. De plus, en optant pour un traitement proche parfois de la comédie musicale ou de la comédie sentimentale, on dirait que le film rate sa cible et se dilue dans un ensemble peu vraisemblable. Ce n’est pas parce qu’on est censé être dans un conte de fées qu’il faut faire fi de toute logique.
 


Un tissu d’invraisemblances

Du coup, on a beaucoup de mal à croire aux personnages du film, notamment le petit Joël malgré toute la bonne volonté du jeune acteur (Miguel Lobo) qui l’incarne. Pourtant les effets spéciaux sont assez bluffants, la musique assez captivante, mais il manque au film un petit je-ne-sais-quoi qui aurait pu en faire, sinon un chef-d’œuvre, du moins un film visible. L’objet, tout comme le personnage de l’enfant lycanthrope, est bâtard, on oserait presque dire sans queue ni tête, avec une fin ouverte qui laisse presque deviner une certaine paresse qui ne serait pourtant que l’acceptation du diktat de la production. En effet, les réalisateurs avouent avoir préparé au départ une fin totalement tragique qui leur a été déconseillée. Tout cet ensemble mi-melliflu, mi-épouvantable, cache malheureusement ce qui semblerait être le réel propos du film : maternité, gémellité, lutte des classes, etc. pour ne donner à voir qu’un épiphénomène entre gore et fantastique qui ne fonctionne pas vraiment. Avec son affiche accrocheuse, et certainement une bonne presse, le film trouvera son public mais deviendra-t-il culte en France ? La question mérite d’être posée car, dans ce pays soi-disant cartésien, le genre hybride est rarement adoubé.


Fiche du film


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