In the fade


In the fade

Un film de Fatih Akin

Avec Denis Moschitto, Denis Kruger, Ulrich Tukur

Mélangeant, jusqu'à la confusion, plusieurs ambitions dans sa mise en scène, Fatih Akin livre une oeuvre maladroite.

Article de Lucile Marfaing 2 étoiles



Le dernier film de Fatih Akin, In the fade, affiche d’importantes ambitions scénaristiques, thématiques, et scénographiques. En sélection officielle au dernier Festival de Cannes - étrange choix à nos yeux -, l’œuvre suit la trajectoire de Katja (Diane Kruger, récompensée du prix d’interprétation féminine à cette occasion), après la perte de son mari Nuri (Numan Acar), d’origine kurde, et de leur fils Rocco (Rafael Santana), dans un attentat à Hambourg commis par un jeune couple issu d’un groupuscule néo-nazi. A travers un récit en trois parties, le cinéaste convoque à la fois tragédie intime, procès judiciaire et vengeance.
 


Le chagrin, la justice et la mer


Face au mélange annoncé des genres et des idées, Fatih Akin varie les effets et les caractérisations formelles des segments de son oeuvre : ainsi, une pluie diluvienne accompagne continuellement les scènes - aux couleurs sombres - des instants de désespoir de Katja dans sa maison vide aux baies vitrées, avant que le procès n’interrompe ces moments au profit d’une cour d’assise solennelle d’une clarté dévitalisée. Enfin, c’est sous le soleil chatoyant de paysages grecs, et de la mer, que Katja cherchera à faire vengeance. A ces glissements visuels qui identifient le film correspond une matière discursive qui se met vite à poser problème. Inspiré d’un attentat commis par des membres du groupuscule NSU - le procès de l’unique survivante, Beate Zschäpe, est toujours en cours - contre des individus d’origine turque, le cinéaste rend son propos confus de par une mise en scène appuyée pour traiter des groupes extrémistes (le parti grec de L’Aube Dorée) dans une Europe contemporaine, dont on pressent pourtant tout le sens qu’il y aurait pu y avoir à saisir à bras le corps de tels motifs. En mettant maladroitement en scène un procès qui sonne faux (s'il on excepte la belle présence du grand acteur Ulrich Tukur) et une fin de film d’une inconséquence facile et embarrassante, en forme de cocktail molotov émotionnelle, In the fade se heurte à la difficulté de son sujet et à la rigueur qu’il lui imposait. 
 



« La matière d’un thriller efficace »


« Acquitter les accusés était philosophiquement plus intéressant : qu’est-ce que la justice quand la loi montre ses limites ? Dramatiquement, cela ouvrait une voie à une troisième partie du récit. » Ces mots de Fatih Akin, évoquant son long métrage, permettent de cerner l’idée qui, une fois portée à l’écran, sera à l’origine d’assimilations binaires et malhabiles. C’est que le cinéaste, au son de la musique rock de Joshua Homme, leader du groupe Queen of the Stone Age, habillant son héroïne en justicière toute vêtue de noir et de cuir, semble chercher autant à développer « la matière d’un thriller efficace » qu’une veine politique autour des mouvements extrémistes nationalistes. Ambition légitime s'il en est, devant la liberté à laquelle la fiction a roit. Cependant, la confusion générale qui en découle ne fait qu'abîmer son récit et le jeu habité de son interprète. On se souvient de la mer dans son film De l'autre côté (2007), oeuvre bien plus subtile, et à laquelle on repense en apercevant l'horizon bleu des côtes grecques, dans la dernière partie d'In The Fade, y décelant enfin la trace d'impensés, de sensations complexes, l'orée de quelque chose aussi vite envolé lorsque le film se met à remarcher dans les mêmes chemins dramatiques épais et agaçants.


Fiche du film


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