Revenge


Revenge

Un film de Coralie Fargeat

Avec Mathilda Lutz, Kevin Janssens

Sans atteindre les sommets du genre, une gore-poursuite qui ne manque pas de jus.

Article de Jean-Michel Pignol 2 étoiles



Après avoir été violée par l’associé de son petit ami, Jen est balancée d’une falaise par ce dernier. Laissée pour morte, la belle va littéralement se régénérer pour assouvir son désir de vengeance. Pour son premier long métrage, Coralie Fargeat ne fait pas dans la dentelle. Il faut bien dire que le genre ne saurait tolérer l’eau tiède. La jeune réalisatrice, visiblement riche de références en la matière, assume tous les excès, quitte à frôler l’overdose. Dans cette course-poursuite sous ectasie, où la proie devient rapidement le chasseur, pas questions de s’embarrasser de réalisme et encore moins de psychologie. Une pincée de sexe, une bonne dose d’action, et surtout de l’hémoglobine plein les mirettes. La recette fonctionne : pour décaper, ca décape. Dommage que certaines scories empêchent cette Revenge d’être pleinement savoureuse.
 



Balance ton porc


Face aux larmes de sa compagne, Richard rétorque sans sourciller « Tu es une si belle allumeuse qu’il est difficile de résister à l’envie de te violer ». Regards lubriques, gestes et remarques sans vergogne, les trois archétypes masculins méritent bien de figurer en tête de liste du célèbre hashtag qui mène actuellement la vie dure aux machistes de tout poil. De quoi légitimer le sort qui leur est promis. Un gore militant ? Un Get Out (Jordan Peele, 2017) féministe ? Pas vraiment. Coralie Fargeat charge également sa Lolita. Une bimbo peu en reste coté provoc. En matière d’exhibition la parité est respectée, le sculptural Richard n’est guerre embarrassé par sa nudité, même lorsqu’il doit courir avec un flingue à la main.

C’est avec plaisir que la caméra se charge de détailler les atouts physiques. D’une façon plus générale, Fargeat s’est visiblement bien amusée dans son travail de composition (plus particulièrement lors des scènes d’intérieur). Du très gros plan dérangeant, aux filtres couleurs malicieux, en passant par les reflets en forme de clin d’œil, nul doute que le story-board fut des plus minutieux. Une esthétique qui emprunte ses codes au Comic Strip, avec des Bang ! Splash ! qui résonnent plus fort que nature. Niveau décors, deux terrains de jeu sans limites pour faire cache-cache : l’immense villa de rêve et l’inhospitalière zone désertique de canyons.
 



Sang frais

Les mutilations sont d’un réalisme qui a de quoi tirer au cœur. Saupoudré d’une bonne dose d’humour, ce trash pur et dur ravira les nombreux amateurs du genre. A ce titre, la scène de chirurgie reconstructive, à l’aide une cannette de bière, mérite à elle seule le détour. Après Grave (Julia Ducournau), l’an passé, la jeune génération, qui plus est féminine, ne manque pas d’audace. Une bonne nouvelle pour le cinéma de genre français. Si l’action proprement dite ne brille pas par son originalité, Coralie Fargeat en maîtrise parfaitement les ressorts. Certes, la fin tire quelque peu en longueur mais l’ennuie n’a pas le temps de s’installer. Mais voilà, il y a une tache indélébile qui vient contrarier notre plaisir. Le jeu des trois acteurs masculins sonne indéniablement faux. Dès qu’ils ouvrent la bouche, difficile d’être terrorisé par leurs menaces, ou de rire aux répliques clamées au second degré. Une distance se crée alors avec un récit qui perd une bonne partie de sa dimension corrosive. Néanmoins, voici une réalisatrice à découvrir et surtout à suivre.


Fiche du film


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