Une Aventure théâtrale, 30 ans de décentralisation


Une Aventure théâtrale, 30 ans de décentralisation

Un film de Daniel Cling

Ce documentaire sur l’aventure de la décentralisation du théâtre français se laisse voir avec plaisir et passion.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Rencontre avec une quarantaine d’artistes

Avec l’intervention d’une quarantaine d’artistes et d’intellectuels, vivants ou décédés, le film de Daniel Cling constitue le premier volet d’une réflexion sur la naissance de la décentralisation du théâtre en France juste après la Deuxième Guerre mondiale. Il y avait alors urgence de transporter le théâtre de la capitale vers les campagnes et les petites villes. C’est ce que racontent toutes ces personnes d’une manière à la fois passionnée et quasiment romanesque pour faire revivre ce qu’on pourrait appeler sans problème une épopée épique. Robert Abirached, qui en constitue le témoin, après avoir vu ce film auquel il a participé, déclare à Philippe Mercier qui est un peu le fil conducteur du film : « Quel superbe film ! Merci d’avoir su donner vie, avec tant de justesse et de sensibilité, à une histoire de soixante-dix ans qui a vu le renouveau du théâtre en France, à travers une décentralisation qui a été voulue, vécue, développée au sein d’une société en constante mutation. »
 


Un récit passionné pour une aventure passionnante


Portée par des comédiennes et des comédiens, des metteurs en scène, des techniciens, des auteurs, du public, des élus, la décentralisation théâtrale fut pionnière et plurielle, vivante et populaire. En allant à la rencontre de ceux qui ont consacré une partie de leur vie à la faire exister, Une Aventure théâtrale raconte en effet les trente premières années de cette lutte unique. Et on se laisse prendre au jeu dans ce mélange d’interviews actuelles et d’archives qui nous montrent parfaitement l’urgence qu’il y avait à décentraliser le théâtre, mais aussi la force et l’impact des artistes qui s’y engagèrent corps et âme pour faire vivre une certaine idée de la culture, dormant au début dans des granges ou des dortoirs sans confort, usant leur fond de culotte dans des autocars, pour jouer dans des salles de villages pas chauffées, ou sur une place publique où l’on entendait quelquefois le hennissement des chevaux, mais toujours pour rencontrer un public ardent et passionné qui en redemandait encore et encore.
 



Mélancolie et puissance des souvenirs


Quel plaisir cela devait être alors et l’on sent la mélancolie, mais surtout la passion de ceux qui vécurent cette époque qui vit naître le TNP, mais aussi le festival d’Avignon créé par Jean Vilar, ainsi que toutes ces petites troupes qui marchaient sur les traces de Jeanne Laurent, sous-directrice du Spectacle et de la Musique au ministère de l’Éducation nationale, de Jacques Copeau, mais aussi de Louis Jouvet qui avait déjà montré l’exemple en 1927. Soutenue ensuite par André Malraux lorsque de Gaulle le nomma ministre de la Culture, la décentralisation a permis de vivre un beau rêve populaire, au moins pendant les trente premières années, jusqu’à ce que le star system ne s’installe et ne fasse de ce militantisme une institution encouragée ensuite par Jack Lang et entretenue par Patrice Chéreau, entre autres, qui impose des noms connus dans les productions, ouvrant la boîte de Pandore et détruisant nolens volens ce que les précurseurs avaient voulu éviter : le théâtre élitiste. Nous attendons la suite avec une certaine impatience pour comprendre comment le théâtre populaire a été trahi en France dans les années 80. Le film fut pourtant projeté à Avignon cette année, mais nous pouvons nous demander encore si son message a bien été compris par tous les interlocuteurs de cette vénérable et lucrative institution.


Fiche du film


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