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Un film de Paul Otchakovsky-Laurens

Le directeur des éditions P.O.L. revient avec sincérité sur son métier, ses motivations dans une mise en scène théâtrale et parfois maladroite.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Un éditeur qui a pignon sur rue

Après avoir réalisé son premier film en 2007, Sablé-sur-Sarthe, Sarthe, pour s’interroger sur les silences de son enfance, Paul Otchakovsky-Laurens revient à la caméra dix ans plus tard et se remet en scène accompagné de son double, une poupée d’adolescent, imaginée par Gisèle Vienne. Le grand éditeur, plus connu sous le sigle P.O.L., a depuis longtemps pignon sur rue à Paris au Quartier Latin, mais il continue à douter de sa vie, de son métier et du métier même d’éditeur. Ce film pose la question fondamentale : pourquoi les uns écrivent et d’autres les éditent ? Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à vouloir décider du sort d’un manuscrit et, partant, d’un ou d’une écrivain ? Avec sincérité, remplacé parfois par une voix-off parce qu’il se trouve piètre comédien, mais apparaissant parfois à l’écran, seul ou flanqué de son double marionnette, Paul Otchakovsky-Laurens crève l’écran. Il est certain qu’après la vision de ce film, il sera difficile de voir avec les mêmes yeux les éditeurs et les écrivains. Un acteur et une actrice y jouent également les rôles de deux écrivains, l’une est heureuse car son manuscrit est finalement accepté, l’autre se voit refusé après avoir fait le tour de Paris pour permettre à Paul Otchakovsky-Laurens de retracer pour nous le cheminement de sa carrière. Le cinéaste éditeur avoue d’ailleurs qu’il aurait aimé réaliser ce film à la manière d’Avi Mograbi et qu’il y eût des sous-titres en hébreu.
 



Comment se faire éditer ?


Mais même muet à l’écran, il parvient de façon magistrale à s’imposer à la fois dans ses bureaux, dans son métier de lecteur et de découvreur de talents littéraires. Mine de rien, ce film donne presque envie d’écrire, non parce que cela paraît facile, mais parce qu’on a l’impression que l’Éditeur lit tout, s’occupe de tout, et se montre même bienveillant, avec des assistantes d’une blondeur vénitienne de tableau préraphaélite. D’ailleurs, l’idée de génie du film est de faire dire par les acteurs des extraits des lettres de motivation des auteurs en herbe et des réponses que l’Éditeur leur a faites. Même avec quelques lenteurs, notamment les deux séquences en noir et blanc qui se voudraient ironiques et légères et ne font pas trop mouche, on apprécie ce beau travail qui se termine d’ailleurs par un magnifique poème d’Antoine Vitez que Paul Otchakovsky-Laurens avait publié pour la première fois au tout début des années 80. Ce film est aussi l’occasion rêvée pour cet homme de Lettres de revenir sur les écrivains qu’il a découverts et lancés, notamment Michel Manière qui apparaît dans le film, mais aussi Marc Cholodenko qui a été le premier auteur qu’il a édité, mais aussi ses rares proches collaborateurs.

Tout faire tenir à l’intérieur d’un seul film

Dans le dossier de presse, présenté comme un petit ouvrage blanc de la célèbre maison P.O.L. au logo si particulier qui évoque, aux dires de l’Éditeur, le K.O. du jeu de go, on découvre cet aveu : « Je suis très attentif à laisser survenir ce qui est différent, perturbant, incongru, inattendu. Le problème était de tout faire tenir à l’intérieur d’un seul film. » Apparemment, c’est pari tenu à part quelques maladresses, le film se tient et nous tient presque en haleine avec, parfois, de petites touches d’humour so british, notamment la découverte de ces courtes lettres d’auteurs ayant envoyé, tout tremblants, un manuscrit en griffonnant ces quelques mots qui n’auront pas échappé à l’Éditeur : « J’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ce manuscrit que j’en ai chié à l’écrire », ou encore : « Sachez qu’il m’a fallu vingt ans pour accoucher de ce livre dans sa version actuelle. » La littérature est bien, en effet, un sport de combat.


Fiche du film


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