Le Lion est mort ce soir


Le Lion est mort ce soir

Un film de Nobuhiro Suwa

Avec Jean-Pierre Léaud, Pauline Etienne, Maud Wyler, Arthur Harari

Nobuhiro Suwa aime filmer en France. Dans son dernier film, il nous montre en plus qu’il aime Jean-Pierre Léaud, François Truffaut et les enfants cinéastes.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Interactions entre la France et l’Extrême-Orient

Il y a des interactions entre le cinéma français et le cinéma extrême-oriental comme cela a été démontré dans le documentaire de Guillaume Lebeau et Benjamin Clavel, In the mood for Melville (2017), mais aussi par l’hommage que Hsiao-Hsien Hou a rendu au film d’Albert Lamorisse (Le Ballon rouge, 1956) à travers son film Le Voyage du ballon rouge (2007). C’est au tour du Japonais Nobuhiro Suwa de rendre un hommage à Jean-Pierre Léaud et, par ricochet, à François Truffaut bien sûr. Il faut dire que le réalisateur n’en est pas à son coup d’essai puisque, en 2001, il nous avait offert un remake de Hiroshima mon amour (Alain Resnais, 1959) intitulé H Story avec Béatrice Dalle comme actrice et Caroline Champetier à la lumière. Ce nouveau film de Nobuhiro Suwa, entièrement tourné en France, ne nous étonne pas puisqu’on le sait très francophile : il a réalisé un des segments de Paris, je t’aime en 2006, et a tourné en français et à Paris, Un Couple parfait (Prix spécial du jury à Locarno en 2005) avec Valeria Bruni-Tedeschi et Bruno Todeschini. Pendant la phase de casting de ce film, il sympathise avec le comédien Hippolyte Girardot, auquel il propose de coréaliser un long métrage. C’est ainsi que naît Yuki et Nina, délicatement filmé à hauteur d’enfant, présentée à la Quinzaine des Réalisateurs en 2009.
 



Une belle réflexion sur la mort

Le Lion est mort ce soir est une belle réflexion sur la mort, utilisant la métaphore de cette chanson immortalisée en France par Henri Salvador, adaptée d’une chanson populaire africaine, composée par Solomon Linda en 1939, et qui deviendra vite un standard mondial. Ce film raconte en fait l’histoire de plusieurs rencontres : celle de Jean-Pierre Léaud avec un nouveau film dans lequel il doit jouer sa propre mort et, à cette occasion, il rencontre son premier amour dans une maison abandonnée du Midi de la France. Le réalisateur fait alors fi du tournage du film, et même de son propre tournage, pour s’intéresser au tournage d’un film par des enfants cinéphiles dans ce village du Sud de la France, qui choisissent Léaud comme acteur principal, non pour sa notoriété, mais parce qu’ils trouvent ce « clodo » plutôt pittoresque. C’est cette dernière rencontre qui intéresse au plus haut point les spectateurs et Nobuhiro Suwa y excelle faisant dériver son film sur une sorte de méditation sur la beauté de la vie, de la nature avec, dans la trame, l’incontournable présence de la mort, mise en parallèle avec la candeur et la spontanéité des enfants, qui nous renvoient bien sûr à Les Mistons (1957) et à Les 400 coups (François Truffaut, 1959). « La mort est un sujet qu’on a souvent abordé plusieurs fois dans nos discussions avec Jean-Pierre pendant la préparation, déclare-t-il dans le dossier de presse. "La mort est la rencontre, l’important est de la voir arriver"... Ce n’est pas une réplique que j’ai écrite. Elle est venue de l’esprit de Jean-Pierre et de ses réflexions sur la question : "Comment jouer la mort ?". Et cela s’est exprimé dans son improvisation. »

Un film proustien et mélancolique

Malgré la mélancolie qui se dégage du film (et de la chanson éponyme), on ne sort pas désespéré mais plutôt rassuré sur l’avenir du cinéma comme s’il pouvait y avoir enfin un renouveau basé sur la continuité. Le film a bien évidemment ses limites dues au genre adopté, mais il n’en possède pas moins une certaine étrangeté qui le rend quasiment inoubliable, comme une carte postale poussiéreuse qu’on découvre dans un grenier et qui se met à évoquer un monde ancien qu’on pourrait ressusciter. Un film quelque peu proustien, mais dans la tradition d’une certaine Nouvelle Vague, qui se souviendrait de Marcel Pagnol, et dans lequel Nobuhiro Suwa a réussi à faire chanter Jean-Pierre Léaud.


Fiche du film


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