Ami-ami


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Un film de Victor Saint Macary

Avec William Lebghil, Margot Bancilhon, Camille Razat

Encore une comédie française qui oscille entre bonne humeur et grossièreté. Il serait peut-être temps d’innover.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



La comédie du remariage

Ce n’est pas toujours très agréable de faire certaines constatations, mais le cinéma français, surtout les comédies qui semblent être le genre de prédilection actuel des producteurs, s’avère être d’une grande médiocrité oscillant entre vulgarité et grossièreté. Pour son premier long métrage, Victor Saint Macary, scénariste de Le Brio (long métrage d’Yvan Attal, 2017) et réalisateur du court métrage Beau-papa (2014), n’échappe hélas pas à la règle et son film, utilisant délibérément des acteurs venus de la télévision, des séries et des téléfilms, comme Margot Bancilhon et William Lebghil, surfe en toute innocence et impunité sur la vague de la comédie bien franchouillarde.

Vive la colocation


En décidant de dépeindre un couple de coloc’ comme on en croise des centaines identiques dans les rues et les cafés branchés de Paris, Victor Saint Macary arrive quelquefois à faire rire, mais d’un rire fort gras, sans toutefois prétendre tendre au spectateur une critique de la société actuelle. Il parvient même à malmener la comédie du remariage qui fit florès à Hollywood dans les années 40 comme, entre autres, L’impossible monsieur Bébé (Howard Hawks, 1938) ou Madame Porte la culotte (George Cukor, 1949) et que Stanley Cavell avait bien analysée dans son ouvrage de référence, À la recherche du bonheur : Hollywood et la comédie du remariage, paru en France en 1993 chez Vrin. Il faut dire que William Lebghil n’a rien de Cary Grant ou de Spencer Tracy, tout autant que Margot Bancilhon de Katherine Hepburn. Quant à la réalisation, on dirait que Victor Saint Macary utilise les décors d’une série même si la lumière et l’image de David Calley sont bien maîtrisées.
 


Un scénario peu original

La référence à Stanley Cavell n’est ici qu’anecdotique puisque, en fait, il ne s’agit pas d’un remariage même si, in fine, les personnages y font penser. Le scénario, écrit à quatre mains par Victor Saint Macary, Thomas Cailley, Audrey Diwan et Benjamin Charbit, n’est ni très labyrinthique ni même « choral ». Un jeune homme, échaudé par l’amour, devient le coloc’ de sa meilleure amie. Ils font vœu de chasteté ou presque, pour que l’amour n’interfère pas dans la vie de leur petite communauté, mais le destin en décide autrement. Cela aurait pu être traité à la manière légère et sautillante d’un Cukor, mais le cinéma français n’est décidément pas très élégant. La petite coterie parisienne qu’il décrit est souvent montrée comme légèrement dépressive, un peu alcoolique, jurant comme des charretiers et, surtout, complètement obsédée par le sexe. On se dit après coup que toutes les dénonciations que les féministes lancent actuellement contre la production cinématographique et ses dérives sexuelles doivent être fondées puisque les scénarios actuels font bon usage de ce qu’il est courant d’appeler maintenant : le cul. Même s’il est un peu rehaussé par une fin délibérément sentimentale, ce film prétendument « romantique » nous montre une société un peu schizophrénique partagée entre paillardises et pudibonderies.


Fiche du film


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