We Blew It


We Blew It

Un film de Jean-Baptiste Thoret

Ni essai sur le Nouvel Hollywood, ni documentaire historique sur les Etats-Unis, We Blew it veut comprendre pourquoi les seventies fascinent toujours autant.

Article de Marion Roset 3 étoiles



 « You know Billy, we blew it ». « On a tout foiré ». Triste aveu que celui de Peter Fonda à la fin d’Easy Rider. Comme si le film de Dennis Hopper qui, en 1969, annonçait déjà la fin du mouvement. Tout finit quand tout commence. L’agent orange du Viêtnam assombrit le ciel de Woodstock, la famille Manson dénie le flower power. Bientôt les hippies se réveilleront yuppies. Et Donald Trump sera élu président des Etats-Unis. Et pourtant, l’aura libertaire des seventies continue de rayonner outre Atlantique. Pour comprendre les raisons de cette persistante séduction, Jean-Baptiste Thoret a pris la route de New-York vers Los Angeles, dans la plus pure tradition américaine du road movie.
 


La fin de l’innocence


On connaît la passion de Thoret pour le cinéma américain des années 70 et l’on retrouve dans We blew it ses propres obsessions présentes, déjà, dans certains de ses ouvrages comme 26 secondes, l’Amérique éclaboussée ; l’assassinat de Kennedy sur Elm Street comme fin de l’innocence par exemple. « Les seventies... c’est un moment de grâce, de corrélation et de convergence entre des films, des gens, une époque, une esthétique, une histoire politique… […] C'est notre paradis perdu, et ça nous hante. » avançait le critique, spécialiste du cinéma américain des années 70, dans une interview pour Blog Rétines. Les années 70 seraient donc un âge d’or que certains tentent de ressusciter au travers de différentes initiatives. Mais le Burning Man, pensé comme un descendant de Woodstock, n’en est-il pas plutôt une version new age abâtardie ? Et le classement de la route 66 en site historique ne reviendrait-il pas à dire qu’elle s’est muséifiée ? Le temps a fait son œuvre, et la gentryfication aussi, qui a passé Needle Park au karsher.
 


Make America great again


Toutes les personnes interviewées par Jean-Baptiste Thoret, illustres comme Tobe Hooper et Michael Mann, ou anonymes, s’accordent sur ces changements, sans pour autant tous les regretter. Un retour en arrière, en plus d’être illusoire, ne serait pas forcément une bonne chose : après tout, « Make America great again » n’est qu’une variante de cette nostalgie d’un paradis perdu. La « vague haute et magnifique » de Hunter S. Thompson, citée en ouverture de We blew it, semble s’être écrasée sur les rivages du conservatisme politique. Dans « Une Amérique non répertoriée », son article publié dans Libération le 18 novembre 2016, Thoret parle de cette Amérique intérieure pro-Trump bordée par des côtes Ouest et Est pro-Hillary. L’on s’en étonne aujourd’hui mais certains films des années 70, justement, ne nous avaient-ils pas déjà un peu prévenus ? Les jeunes hippies pacifistes de Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hopper, 1974) tombaient déjà des nues face à ce qui pouvait se terrer dans un coin du Texas. Au moment de l’élection de 2016, l’Amérique a de nouveau été stupéfaite de se découvrir.

Réalité historique, mythe fondateur ou peut-être même les deux…Si les années 70 restent, pour beaucoup, ce moment où tout semblait encore possible, le dernier plan du film répond à sa façon à cette nostalgie : le passé est, quoi qu’il arrive, déjà histoire. En plus d’être instructif, le voyage auquel nous convie Jean-Baptiste Thoret est beau, chaque paysage américain filmé en Cinémascope étant, en soi, déjà du cinéma.


Fiche du film


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