L'Ecole de la vie


L'Ecole de la vie

Un film de Maite Alberdi

Une bande de copains trisomiques filmée avec ses rêves, ses désillusions et la petite musique de leur vie.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Filmer le quotidien

Alors que l’espérance de vie des personnes dites trisomiques est en expansion, la société va être confrontée maintenant au problème de leur encadrement puisque certains atteignent quelquefois l’âge de 60 ans. La réalisatrice chilienne de ce très beau film, Maite Alberdi, a rencontré pendant un an une bande de copains trisomiques qui partagent les bancs de la même école depuis plus de 40 ans. En effet, dans cette école privée du Chili qu’elle a découverte après bien des recherches, Anita, Rita, Ricardo et Andrés vivent et travaillent ensemble. En décidant de les filmer au quotidien, et en recueillant pas moins de 200 heures de rushs, la réalisatrice est parvenue à leur donner la parole et à créer, à partir de leur propre vie, un film qui les met en scène et témoigne de leur sensibilité et de leurs préoccupations qui ne sont pas si éloignées des nôtres. Le film échappe à l’écueil de la bien-pensance si à la mode de nos jours, dans la mesure où Maité Alberdi réalise en fait un vrai film politique qui nous oblige à réfléchir sur la condition des personnes atteintes du syndrome de Down (ou trisomie 21) qui peuvent parfois atteindre des âges avancés et à qui on enseigne, comme il se doit, la liberté et la responsabilité. Le film commence d’ailleurs par un cours où l’enseignante leur fait bien comprendre qu’ils sont des adultes, maîtres et responsables de leur choix. Mais tout le reste du film prouve tout à fait le contraire, surtout à partir du moment où deux protagonistes, Anita et Andrés, veulent se marier alors que la loi et leurs familles s’y opposent. Sans le vouloir, la réalisatrice est parvenue à donner à son film une dimension digne de l’histoire de Roméo et Juliette. « Ce sont des héros de tragédie antique », déclare-t-elle dans le dossier de presse. « Je considère qu’il n’y a pas de mauvaise législation en la matière, dans la mesure où les familles elles-mêmes les considèrent comme des enfants. »
 
 



Etre adulte ?


« La législation chilienne prévoit que le mariage entre personnes trisomiques est impossible mais aussi qu’on peut les payer en-dessous du salaire minimum, bien qu’ils effectuent les mêmes heures que les autres salariés. » C’est en effet un vrai problème que soulève ce film en nous montrant des adultes trisomiques qui ont tous des rêves, mais qui ne peuvent les réaliser pour diverses raisons. Il s’agit ici d’un véritable paradoxe car, d’un côté, l’institut dans lequel ils travaillent les considère comme des adultes responsables, alors que la loi ne les envisage pas de la sorte même s’ils sont doués de raisonnement et d’une grande intelligence pratique. Sans sombrer, bien au contraire, dans le pathos, ni même dans les bons sentiments, le film de Maite Alberdi souffle un air nouveau sur le monde de la trisomie, longtemps considérée comme un lourd handicap un peu effrayant.

Un autre regard sur la trisomie 21


Les rares acteurs trisomiques qu’on a pu voir dans certains films, tel Pascal Duquenne qui, en 1996, remportait le prix d'interprétation au Festival de Cannes pour Le Huitième Jour de Jaco van Dormael par exemple, n’étaient en fait qu’une sorte d’alibi. Ici, les trisomiques sont présentés comme un monde intégré, qui a ses règles, ses coutumes dont certaines ne sont pas exemptes des défauts qui régissent la vie des autres citoyens (comme le machisme ou la manipulation des votes). Mais ce documentaire, passionnant et attachant, a le don de mettre grandement en avant un humour incroyable qui lui donne encore plus de saveur, d’autant qu’il est servi d’un réel talent de mise en scène et d’une manière de filmer les acteurs qui leur apporte plus de vie, mettant comme en une sorte de parenthèse floue les autres personnes qui les entourent, comme les formateurs ou les parents. En effet, une des actrices, Rita, qui rêve de manger tout ce qu’elle veut et de s’acheter une Barbie pour son anniversaire, est un personnage attachant et drôle. Un film à voir d’urgence, même si son titre français n’est pas très alléchant : on pourrait lui préférer l’antiphrase espagnole, Los Niños, mais surtout le titre anglais, The Grown-Ups, plus proche de la réalité.


Fiche du film


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