Tous les rêves du monde


Tous les rêves du monde

Un film de Laurence Ferreira Barbosa

Avec Pamela Constantino-Ramos, Rosa Da Costa

En voulant faire un film sur la communauté portugaise en France, Laurence Ferreira Barbosa impose une incroyable nouvelle actrice.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Paris-Porto aller-retour

Hormis le fait qu’il évoque le titre du livre de Pascal Quignard, et le film d’Alain Corneau qui en a été tiré, Tous les matins du monde, le titre du dernier film de Laurence Ferreira Barbosa n’est pas très compréhensible de prime abord. En effet, Tous les rêves du monde évoque surtout la communauté portugaise française et ses liens toujours vivaces et pérennes avec le Portugal. Pourtant, la réalisatrice, elle-même d’origine portugaise, a sans doute voulu aller dans ce film au delà de l'évocation de ses origines et de la communauté lisutanienne pour ouvrir son œuvre au monde, car son propos a une portée universelle même si elle reconnaît dans le même qu’il n’y a jamais eu de films réalisés sur la communauté portugaise de France - communauté dont la particulaité est d'être à la fois intégrée et indépendante. Quoi qu'il en soit, Laurence Ferreira Barbosa - qu’on ne présente même plus tant ses films comme Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel (1993), J’ai horreur de l’amour (1996) ou encore La vie moderne (1999), pour ne citer que ces trois-là, ont connu un grand succès - s’est posé une question restée pour elle sans réponse : «Une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de faire ce film, déclare-t-elle dans le dossier de presse, vient d’une constatation très simple : la communauté portugaise en France n’a pour ainsi dire pas d’"image" et très peu de "fiction".

 



Une communauté à la fois intégrée et à l’écart

En fait, cela n’a rien d’étonnant : quand on est immigré, on peut vouloir se poser des questions sur ses origines, d’autant que la communauté portugaise, en majorité d’origine rurale et conservatrice, n’a pas réussi parfaitement son intégration en France, tout en étant paradoxalement complètement intégrée à la société française. Par exemple, on n’a jamais entendu parler de conflits entre les deux communautés - entre des Français et des Portugais. Ce mystère n’a jamais été porté à l’écran, les films portugais ou franco-portugais étant souvent intellectuels, voire sibyllins. Ne vous attendez pas non plus à ce Laurence Ferreira Barbosa vous propose ici un remake des Femmes du sixième de Philippe Le Guay (2011), même si elle déclare volontiers avoir voulu s’intéresser ici à des gens modestes. C’est en n’ayant qu’une vague idée de son scénario qu’elle s’est rendue à un cours de portugais dans un lycée de banlieue pour tenter, avec l’aide du professeur, de recruter des élèves qui seraient intéressées pour interpréter un rôle, voire leur propre rôle. On ne peut pas dire qu’il y eut foule pour s’inscrire : «Seules deux ou trois m’ont donné leurs numéros de portable, déclare la réalisatrice. La méfiance règne et les parents surveillent les filles de près.»

 


 

Une présence comme illumination

Pourtant, à la sortie, elle entend quelqu’un trottiner derrière elle, et elle fait la connaissance de celle qui s’impose alors comme l’actrice principale du film tant et si bien que Laurence Ferreira Barbosa conservera son prénom pour le film, Paméla. Bien lui en a pris, car Paméla Ramos illumine le film de sa présence à la fois candide et méfiante, timide et téméraire. Un vrai concentré de sentiments divers émane de cette jeune patineuse dont le corps un peu enrobé s’offre pourtant à la caméra avec une grâce touchante. Entourée d’acteurs remarquables, et malgré quelques incohérences ou maladresses scénaristiques, elle parvient à porter le film sur ses épaules, d’une manière à la fois calme et déterminée. Tous les rêves du monde est une sorte d’ode à la vie, à l’amour et à la solidarité. Le Portugal y est vu comme une terre presque sacrée - celle des origines - même si jamais les jeunes gens n’émettent le désir de s’y installer même s’ils adorent y aller en vacances. Alors Paméla superstar, on l’espère pour elle puisqu’elle est la muse incontestable de ce nouveau film. Car, comme le déclare la réalisatrice elle-même : «J’avais surtout aimé filmer le visage de Paméla, captive de ce charme qui jamais ne s’est épuisé, et [que] cette simple raison-là pouvait suffire à expliquer pourquoi j’avais fait le film».
 


Fiche du film


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