A l'ouest du Jourdain


A l'ouest du Jourdain

Un film de Amos Gitai

Un documentaire aussi optimiste que démoralisant.

Article de Marion Roset 2 étoiles



 « Je veux aller chercher les fissures dans le mur ». C’est par ces mots qu’Amos Gitaï décrit A l’Ouest du Jourdain, soit une tentative d’approche optimiste du conflit israélo-palestinien. Ce qui n’est pas une mince affaire au vu de l’épaisseur de ce mur-ci.

Retour en territoires occupés

Il y a 35 ans, Amos Gitaï réalisait Journal de campagne, un documentaire réalisé dans les territoires occupés avant et pendant la guerre du Liban. Devant la caméra du cinéaste israélien se succédaient – plus ou moins volontairement - soldats, colons et Palestiniens. Aujourd’hui, ses pas le portent vers la Cisjordanie à la rencontre d’initiatives citoyennes portées par des individus qui agissent pour sortir le pays de l’impasse dans laquelle les met le gouvernement actuel. Une démarche qui ferait d’eux les héritiers d’Yitzhak Rabin, dont l’assassinat en 1994 reste une plaie ouverte pour bon nombre d’Israéliens, à commencer par Amos Gitaï.
Images tournées dans les territoires occupés et interviews de journalistes, de politiques ou de membres d’ONG ; caméra portée dans un cas et champ contrechamp sur fond noir dans l’autre, Gitaï mise sur la sobriété afin de focaliser toute l’attention du spectateur sur ce qui est dit. Ce qui ne l’empêche pas d’intervenir très régulièrement dans le cadre et de donner clairement son avis. La neutralité n’est pas à son ordre du jour.

 


Contre les généralités


Comme le dit Yitzhak Rabin dans une image d’archives, c’est avec son ennemi que l’on fait la paix. Le but de Gitaï est donc de montrer cet « ennemi » et par là, d’aller contre la déshumanisation - pour reprendre le mot du journaliste Gideon Levy – alimentée par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Pour ce faire, le réalisateur va à la rencontre d’individus pour s’éloigner le plus possible de la dichotomie terroristes palestiniens / colons israéliens. Des mères israéliennes et palestiniennes qui ont perdu un fils et dialoguent malgré tout, des soldats qui témoignent des abus engendrés par l’occupation, des militants des droits de l’Homme…tous disent la nécessité d’une réconciliation qui passerait par une nécessaire reconnaissance mutuelle de l’autre. Gitaï n’est pas non plus un Candide né de la dernière pluie, il sait bien comme il le dit à plusieurs reprises que « la coalition la plus stable du Moyen-Orient est celle des gens qui ne veulent pas la paix » ; paix menacée à parts égales selon lui par les extrémistes juifs et le Hamas.

 


Un camp de la paix en difficulté

Les différentes associations qu’il filme - « Breaking the silence », « B’Tselem », « The Parents circle…» - suscitent ainsi la haine de ceux qui les accusent de traîtrise envers leur pays. Il n’est d’ailleurs qu’à voir certains sites taxer le film de Gitaï d’antisionisme. Malgré les nombreux témoignages qui prouvent qu’un dialogue est non seulement possible mais actuel bien que difficile, le tableau que dresse le réalisateur du pouvoir en place a de quoi désespérer. D’un Netanyahou dépeint en « idéologue » pour qui les Palestiniens sont un « problème » à régler à Tzipi Hotovely – ministre déléguée aux Affaires étrangères – affirmant que la colonisation est une invention de la communauté internationale…une solution politique pragmatique apparaît utopique. Une impression confirmée par un éditorialiste du quotidien Haaretz pour qui, si rien ne change, la destinée d’Israël est de devenir un Etat antisioniste. Avec pour seuls choix de ne plus être un Etat juif ou de ne plus être un Etat démocratique.


Fiche du film


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